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L’après-guerre d’Iran : leçons pour la France

L’après-guerre d’Iran : leçons pour la France

Venue percuter la guerre d’Ukraine, qui elle est entrée dans sa quatrième année, la guerre israélo-iranienne commencée le 7 octobre 2023 à Gaza, confirme trois leçons stratégiques principales qui mériteraient d’être méditées par ceux qui ont en charge la défense de la France et la sécurité des Français.

Toutes trois sont porteuses de bien mauvaises nouvelles quant à la pertinence tant de notre doctrine que de notre outil de défense nationale.

La première, déjà apparue en Ukraine, est que la présence de puissances nucléaires sur un théâtre d’opérations n’empêche pas la guerre.

En Ukraine, comme je l’ai démontré dans mon livre récent « Engrenages », la présence de pas moins de quatre puissances nucléaires (États-Unis, Russie, Royaume-Uni et France) n’a nullement évité la guerre, ni près de 1,4 million de tués et blessés des deux côtés.

De même au Proche-Orient, la totalité des pays de la région, y compris l’Iran, savent que qu’Israël est de longue date une puissance nucléaire. Cela n’a nullement empêché la guerre indirecte menée par les terroristes du Hezbollah ou du Hamas, ni les tirs de centaines de missiles iraniens dès 2024 directement contre le territoire israélien.

Leçon n° 1 donc : la possession de l’arme nucléaire n’empêche pas la guerre. C’est une leçon extrêmement désagréable pour nous Français qui sommes habitués au dogme rassurant de la dissuasion pure, qui veut que si un adversaire s’en prenait aux « intérêts vitaux » de la France, il aurait la certitude d’être immédiatement détruit.

Le problème, c’est que ce genre de discours peut être contourné, comme on l’a vu, par des guerres hybrides, par le terrorisme, voire par des guerres classiques.

Ce qui mène à la deuxième leçon capitale, et qui elle aussi mériterait d’être méditée de toute urgence par nos responsables politiques et militaires.

La guerre d’Ukraine a révélé la révolution tactique et stratégique que représente l’irruption du drone. Mais elle a montré aussi l’importance majeure des missiles balistiques à moyenne portée (500 à 2000 km) sur le champ de bataille, comme dans les frappes contre des cibles stratégiques ou des cibles « molles », c’est-à-dire des centres urbains.

Drones et missiles ont remplacé l’artillerie. Les États se font la guerre conventionnelle à plusieurs centaines de kilomètres, voire à plusieurs milliers de kilomètres de distance. Un jour ou l’autre, ces armes seront de l’autre côté de la Méditerranée, et menaceront directement la France — et l’Europe.

Or la France, comme l’Europe, ne font que démarrer leur programme de drones et leurs programmes balistiques ! Plus grave encore, la France, comme l’Europe, sont littéralement nues, sans défense anti-aérienne digne de ce nom.

Trente années de désarmement budgétaire unilatéral, couplées à la certitude que la guerre appartenait à un autre temps, ont fait que nous n’avons quasiment pas de défense anti-missiles et que, de surcroît, nous sommes totalement divisés entre Européens quant à la construction d’un système de défense commun.

Au lieu de travailler ensemble et de privilégier la technologie européenne, deux camps s’affrontent : d’un côté, Français et Italiens sont alliés dans un programme commun SAMP/T Mamba ; de l’autre, le programme Sky Shield, lancé par les Allemands, qui ont rallié autour d’eux une vingtaine de pays.

Les deux systèmes sont multicouches et répartis en trois zones : courte portée, moyenne portée et exo-atmosphérique, sauf que les Français alliés aux Italiens proposent des solutions européennes, MBDA et Astrium pour l’exo-atmosphérique. Tandis que les Allemands ont déjà investi 3,5 milliards d’euros en septembre 2023 pour un système exo-atmosphérique israélien calqué sur l’Iron Dome, le Patriot américain pour la moyenne portée, et le système allemand Iris-T pour la courte portée.

La rupture est donc consommée et augure mal du reste des coopérations en cours d’examen, comme par exemple sur le futur avion de combat, SCAF…

La dernière leçon est plus embarrassante encore, puisqu’elle concerne la protection des populations elles-mêmes.

Au 18 juin, Israël avait subi l’attaque de 400 missiles balistiques et de 1000 drones. Ces attaques visaient essentiellement des populations civiles, mais elles n’ont fait à l’arrivée que 24 morts et 500 blessés, alors qu’on aurait pu imaginer des pertes bien plus importantes.

L’explication, en plus de l’efficacité de la défense anti-aérienne, tient en deux mots : défense civile.

Or, ce qu’on appelle pompeusement en France la stratégie de « résilience nationale », lointaine héritière de la DOT (Défense Opérationnelle du Territoire), n’existe que dans les textes — et notamment dans une ordonnance de 1959 — mais certainement pas dans la réalité.

Contrairement aux Israéliens, qui construisent systématiquement des abris dans chaque maison ou chaque appartement, contrairement aussi aux Finlandais, aux Suédois et même aux Allemands, la France a choisi de faire totalement l’impasse sur la défense des populations civiles, au nom de la « dissuasion pure », avec cette idée baroque qui est que plus on est vulnérable — plus on laisse la mère de famille et sa poussette sous le feu de l’ennemi —, plus l’ennemi sera convaincu de la certitude de notre riposte.

Et ainsi, on évitera la guerre…

 

Pierre Lellouche
19/6/25

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M
Article très intéressant. Nombreuses sont les réflexions qui viennent à l’esprit.<br /> <br /> Les événements récents démontrent effectivement, que la possession de l’arme nucléaire n’empêche pas la guerre. Le contraire est vrai également.<br /> Si l’Ukraine n’avait pas abandonné son arsenal nucléaire, aurait-elle été à l’abri de tout péril de guerre ? La réponse est non.<br /> Cette guerre en Ukraine aurait pu et aurait dû être évitée - bombe ou pas. Cela n’a pas été le cas. On peut penser qu’elle a donc été voulue…<br /> Le jour où les chars russes sont arrivés, on aurait dû négocier.<br /> « L’objectif politique est le but, la guerre le moyen. Un moyen sans but ne se conçoit pas. » disait Clausewitz, comme vous le répétez.<br /> Quel est le but européen dans cette guerre ?<br /> Pour l’instant, elle se fait au détriment de l’Europe…sans parler des morts et de la destruction.<br /> Si nous ne sommes pas allés vers une escalade nucléaire - et même si notre Président a joué avec le feu nucléaire à des moments - est-ce bien parce que « l’équilibre de la terreur », d’un temps révolu, de Guerre Froide, s’est remis en place ? Que Russes et Américain ont su respecter la ligne rouge à ne pas franchir ?<br /> Etrangement, c’est une espèce d’idéologie qui nous dicte cette guerre en Ukraine. Si on avait voulu l’arrêter, elle serait terminée depuis longtemps.<br /> Des guerres dites « hybrides » font éruption dans notre monde, et les raisons pour lesquelles elles sont menées deviennent de plus en plus opaques et inexplicables également …<br /> La possession d’un arsenal nucléaire, n’a plus d’incidence véritable sur la poursuite de la guerre.<br /> En revanche, l’arme nucléaire ne doit pas tomber entre les mains d’esprits malveillants, qui n’ont pas intégré dans leur propre idéologie qu’il s’agit d’une arme dissuasive. D’où la nécessité de détruire le programme nucléaire iranien. Chez les mollahs, «but» et «moyens» sont connus. Le «but» est l’éradication de l’Etat d’Israël, le «moyen», l’arme nucléaire. Les mollahs iraniens ne sont pas les seuls à avoir de mauvaises intentions envers l’Occident…<br /> Des conflits lointains - comme entre l’Inde et le Pakistan dernièrement - peuvent resurgir avec des conséquences potentiellement néfastes.<br /> Donc tous, nous devrions œuvrer à la non-prolifération des armes nucléaires. Cela devrait être une de nos priorités.<br /> Le monde est devenu instable. 60 centrales nucléaires seraient en cours de construction tout autour de notre planète. Le nucléaire civil peut être une invitation ou un prétexte pour aller vers le nucléaire militaire. L’exemple de l’Iran le démontre bien. Soyons donc très prudents de ce côté-là.<br /> Effectivement, il faudrait aussi protéger notre ciel.<br /> Les Israéliens, avec leur « dôme de fer », ont su le faire, alors que nous, Européens - désunis quand il faudrait être unis, et unis quand il ne faudrait pas l’être - n’avons même pas su mettre en place un système de ferroutage européen efficace…<br /> Même sans dépenser des centaines de milliards, dont nous ne disposons pas en France, il serait malgré tout possible de prendre des décisions afin de protéger l’Europe et accessoirement la France.<br /> Avec un moratoire sur l’immigration (nos capacités d’accueil sont déjà très largement dépassées), avec la protection de nos frontières communes, européennes, et avec une lutte contre l’insécurité à l’intérieur de nos pays, un pas décisif dans la bonne direction serait fait. Cela augmenterait notre crédibilité européenne aux yeux du monde.<br /> Le rayonnement d’un pays résulte aussi de sa force intérieure - dont la cohésion nationale et la puissance économique sont les bases. Il convient donc de consolider la France - métropolitaine et d’outre-mer - et la sortir au plus vite du fiasco que nous vivons.<br /> Quand on veut défendre la France, dans l’état actuel des choses, avec une dette supérieure à 3300 milliards d’euros, on ne cherche pas à installer des éoliennes dites « écologiques » qui sont plutôt destructrices pour l’environnement, pour un coût total de 300 milliards d’euros, alors que nous n’avons pas besoin de cette énergie-là. (La Chine serait ravie, par contre, si nous poursuivions ce projet funeste.)<br /> Nos dépenses doivent être faites prudemment. <br /> Il faudrait aussi analyser la géopolitique différemment, avec plus de lucidité, de réalisme et recourir à la diplomatie quand c’est possible et utile.<br /> Un continent en délitement économique, soumis à des dogmes étranges et étrangers, est vulnérable.<br /> Le rétablissement de la paix avec la Russie est une condition sine qua non si nous voulons rétablir un équilibre des forces favorable à l’Europe.<br /> Quant à la protection de la population, il faudrait commencer par lui dire la vérité. Cela ne coûterait rien financièrement. Avouer, par contre, qu’en Ukraine, nous nous sommes trompés de guerre, serait peut-être le plus douloureux des aveux à faire…<br /> Il faut réfléchir avant d’agir. <br /> Une décision hâtée ou inadaptée peut s’avérer contre-productive.<br /> La Finlande et la Suède ont souhaité abandonner leur neutralité croyant que l’intégration dans l’OTAN les protégerait contre une éventuelle attaque future par la Russie.<br /> Mais n’était-ce pas une fausse bonne idée ?<br /> Traditionnellement, on n’attaquait pas un pays neutre.<br /> Et si la Russie, un jour, s’attaquait à ces deux pays, maintenant membres de l’OTAN, cela énerverait peut-être les Américains, qui sont le membre principal de l’OTAN. Donc on pourrait s’attendre à une réaction. Par contre, les Américains ne se ressouderaient pas à une frappe nucléaire stratégique sur Moscou au risque de provoquer une riposte stratégique sur Washington. Par contre, un échange nucléaire tactique sur le sol finlandais ou suédois pourrait paraître concevable d’un point de vue américain ou russe….la neutralité n’était-elle pas un moyen de protection plus sûr, après tout ?<br /> L’Ukraine devrait penser à cela…<br /> En 1983, Ronald Reagan annonçait son projet «SDI », populairement appelé « Star Wars ». Il s’agissait d’un système de protection anti-aérien capable d’intercepter les missiles balistiques intercontinentaux soviétiques depuis le sol, mais aussi depuis l’orbite terrestre. Ce programme a englouti des milliards et a été stoppé sous l’administration Clinton puisque l’URSS c’était écroulée et a donc été jugé obsolète.<br /> Le projet « Star Wars » avait fait beaucoup de bruit à l’époque et créé des crispations.<br /> Les Européens craignaient un isolationnisme américain…oui, déjà. Ils craignaient, que les Américains se mettent à l’abri sous une fortification céleste les laissant seuls, au dépourvu, face aux communistes.<br /> En URSS, le mécontentement fut prononcé. L’URSS a cru que ses intérêts vitaux pourraient un jour être menacés. Pour elle, un ciel américain inviolable l’exposait à une frappe nucléaire stratégique américaine sans riposte efficace possible. Cela avait créé des tensions…<br /> L’avenir nous dira comment se concrétisera le projet de « dôme d’or » annoncé par Donald Trump en mai dernier…<br /> <br /> Pour conclure, avant de dépenser des milliards, sachons identifier nos menaces - notamment la menace islamiste - et définir nos objectifs pour trouver des solutions bien adaptées à nos besoins.<br /> En (géo)politique, il faut être clairvoyant, modeste et réfléchir à long terme. Il ne faut pas manquer de courage et de bonne volonté. La situation budgétaire dans laquelle nous nous trouvons, nous impose malheureusement de faire des choix. <br /> <br /> Marion Winter, le 16/07/2025
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P
Merci encore de votre contribution pointue et pertinente.
D
L'après guerre d'Iran, vraiment??? Qu'est ce qureTrump le VRP et l'Ayatollah ont mijoté? Un nouveau mauvais coup???
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