Les Chantiers de la Liberté

Escalades

Escalades

La visite éclair (8 heures) à Moscou, mardi dernier, du chef de la CIA, John Radcliffe, n’annonce rien de bon. La visite devait rester secrète ; elle ne l’a été que quelques heures. Quant à la précédente, en novembre 2021, elle s’était soldée par un échec retentissant. À l’époque, les services américains avaient réuni suffisamment d’éléments indiquant que l’armée russe préparait une action de force de grande envergure contre l’Ukraine. William Burns, le prédécesseur de Radcliffe et ancien ambassadeur à Moscou, avait tenté de dissuader Poutine d’employer la force contre l’Ukraine. Avec le résultat que l’on sait : l’invasion russe commença trois mois plus tard, le 24 février 2022…

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Radcliffe est-il venu donner à Poutine ce que ses propres services n’osent pas lui révéler, à savoir l’état réel de l’économie russe et de la ligne de front, où l’espérance de vie d’un soldat russe ne dépasserait pas 35 minutes, dans l’espoir de le convaincre de négocier dès à présent — version d’une partie de la presse américaine ? Ou bien, autre version, la CIA dispose-t-elle d’informations laissant craindre que Poutine, lassé de subir des frappes de drones et de missiles ukrainiens dans la profondeur de son territoire, serait sur le point de déclencher une escalade majeure du conflit ? En s’en prenant directement à un pays de l’OTAN particulièrement impliqué dans la guerre : États baltes, Pologne, et même l’Angleterre et la France, qui viennent d’annoncer le transfert à Kiev de technologies très sensibles, s’agissant du missile air-sol à longue portée Storm Shadow/SCALP ? Nous serions alors à la veille d’une Troisième Guerre mondiale, survenant comme en août 1914, à la suite d’un enchaînement funeste d’événements non maîtrisés, le Donbass et la Crimée étant nos Balkans d’aujourd’hui…

En vérité, Trump et Poutine partagent la même impasse, incapables de s’extirper de guerres qu’ils ont eux-mêmes déclenchées, mais qu’ils ne parviennent pas à gagner.

Avec, pour ne rien arranger, des adversaires coriaces passés maîtres dans la stratégie de l’escalade, obtenant chacun l’internationalisation du conflit en même temps qu’ils réussissent à porter des coups très durs contre leurs assaillants. L’Ukraine a réussi à unir l’Europe entière derrière elle et parvient à porter la guerre très loin dans la profondeur russe, ciblant les bases aériennes et navales jusqu’en mer d’Azov, paralysant la Crimée, et détruisant même les centres logistiques de « l’Amazon » russe et la moitié des raffineries du pays. Quant à l’Iran, ses missiles et drones ont dévasté les bases américaines dans la région, du QG de l’US Navy à Manama, au Bahreïn, jusqu’à la Jordanie, en passant par les bases en Irak et dans les monarchies arabes. Zelinsky réclame toujours plus d’argent (27 milliards en plus des 90 promis par l’Europe), convaincu qu’en frappant la population russe, Poutine finira par céder ou par tomber. Quant aux Iraniens, ils menacent de mettre le feu à toute la région et d’interdire la sortie « de la moindre goutte de pétrole » si Trump ne lève pas son blocus sur Ormuz, en ajoutant qu’ils attaqueraient également les États européens qui ouvrent leurs bases aux appareils de l’US Air Force employés en Iran (Angleterre et Bulgarie sont citées).

En finir avec ces deux guerres exigerait un plein accord entre Russes et Américains, avec la coopération de la Chine et de l’Europe. Or aucune de ces conditions n’est réunie.

Loin de coopérer, les deux principaux protagonistes se font la guerre par procuration : les Américains aident au ciblage des missiles et drones ukrainiens qui frappent la Russie. Et les Russes font de même en aidant l’Iran contre des objectifs américains.

Les Chinois aident discrètement l’Iran mais profitent du désarroi américain pour pousser leurs pions aux Émirats, en Arabie et jusqu’en Égypte, en multipliant par exemple les manœuvres militaires aériennes avec leurs nouveaux amis arabes. Quant aux Européens, dont les gouvernements sont partout très affaiblis, ils ont lié leur sort à une Ukraine militairement puissante, mais dévastée économiquement et désormais politiquement instable. En espérant que la guerre par procuration le restera… et que Poutine ne s’en prendra pas directement à eux, cela au moment où les Américains se replient…

Pierre Lellouche

28/8/26

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article