Les Chantiers de la Liberté

La guerre mondiale des drones

La guerre mondiale des drones

Dans la nuit du 4 au 5 août, un employé de l’aéroport de Leipzig-Halle découvrait sur le tarmac, à proximité d’un avion cargo ukrainien de type Antonov, bourré de munitions, un drone équipé d’une charge explosive. Quelque heures plus tard, un deuxième drone, fort heureusement non armé, percutait un autre avion cargo en phase d’atterrissage, causant des dommages mineurs. L’aéroport de Leipzig-Halle, bien qu’utilisé par deux millions de voyageurs chaque année, sert surtout de site de parking pour une part importante de la flotte d’avions cargos Antonov ukrainiens et de nœud logistique pour les livraisons de matériels militaires destinés à l’Ukraine.

L’affaire a suscité une vive émotion parmi les services de sécurité allemands : bien que les différents pays européens aient subi à de nombreuses reprises des survols et autres incursions de drones depuis le début de la guerre d’Ukraine, c’était la première fois que l’on constatait la présence d’explosifs. Avertissement, intimidation ou poursuite de la guerre hybride attribuée à Moscou, contre les alliés européens de Kiev ? La réponse demeure sans réponse à ce stade, même si l’on craint, avec ce qui s’apparente à une première tentative de destruction sur le sol européen de matériels militaires destinés à l’Ukraine, que la Russie, elle-même attaquée par des drones ukrainiens, ait décidé de s’en prendre à la chaîne d’approvisionnement logistique de l’armée ukrainienne…

Une telle attaque marquerait une escalade majeure dans ce que l’Institut d’études stratégiques de Londres (IISS) a dénommé, dans un rapport récent, « une campagne » de 19 mois où il a été dénombré pas moins de 144 incursions contre une douzaine de pays européens, ciblant des sites sensibles tels qu’aéroports, usines d’armements, jusqu’à la base française de sous-marins nucléaires stratégiques de l’Île Longue. Sauf dans le cas des 24 drones abattus par l’OTAN au-dessus de la Pologne, clairement identifiés comme russes, la majorité des engins n’ont pu être clairement attribués, même si on soupçonne que ces appareils ont pu être lancés à partir de navires appartenant à la « flotte fantôme » russe.

Sur le champ de bataille lui-même, la guerre est désormais dominée entièrement par les drones avec un double impact : gel de la ligne de front, la « kill zone » de 30 km de profondeur interdisant tout mouvement de forces conséquent ; frappes quotidiennes, ensuite, mais à longue distance, contre les populations civiles et les installations stratégiques de part et d’autre.

Ce que l’on sait moins, c’est que la guerre des drones a depuis longtemps quitté les rives du Dniepr pour s’exporter sur tous les continents : la guerre des drones s’est mondialisée. Au Proche-Orient d’abord, où les drones de tous types sont employés quotidiennement dans la guerre d’Iran, ou dans celle du Liban entre Israël et le Hezbollah ; dans le Caucase, où l’Azerbaïdjan a pu écraser les défenses arméniennes au moyen drones turcs et munitions maraudeuses (MM) israéliennes ; en Libye, où les drones sont largement employés.

C’est en Afrique que la percée des drones peu coûteux et très efficaces a été la plus spectaculaire. Pas moins de 31 pays africains ont acquis des drones ces toutes dernières années auprès de fournisseurs tels que la Russie, la Chine, l’Iran, mais également les États-Unis, Israël et la Turquie. Principaux acheteurs : le Nigeria, l’Algérie, le Maroc, mais aussi le Soudan, où le général Abdel Fatah al-Bourhan, chef des forces armées soudanaises, a échappé de justesse à une attaque de drones au cours d’une cérémonie militaire. De fait, les drones sont omniprésents dans tous les conflits africains, principalement au Soudan, en Éthiopie, au Burkina, au Mali, en Somalie…

Plus grave encore, les drones prolifèrent également parmi les groupes « subnationaux » terroristes opérant sur le continent : État islamique au Grand Sahara, ou Jamaal Nusrat Al Islam wal Muslimin (EEI), comme, et c’est un fait nouveau, parmi les organisations criminelles du narcotrafic. En Colombie, ces organisations ont dépêché en Ukraine des combattants « volontaires » dont la mission véritable est d’apprendre le maniement des drones en situation de combat, des drones qui commencent déjà à être utilisés par les narcos contre l’armée colombienne…

Un avant-goût de ce qui attend les Européens, déjà ciblés par le terrorisme islamique et principaux consommateurs des drogues produites en Amérique latine…

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