Les Chantiers de la Liberté

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Questions sur la dissuasion « avancée »

Questions sur la dissuasion « avancée »

Deux guerres simultanées, Ukraine et Iran ; une mise en scène façon Kubrick ou Coppola, avec le Falcon présidentiel encadré par quatre Rafale en route vers l’Île Longue, filmé au-dessus du Mont-Saint-Michel ; une tribune présidentielle en surplomb d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) : tout était réuni, en ce lundi 2 mars, pour un discours historique sur la dissuasion nucléaire française.

À Paris, comme dans les chancelleries européennes, on ne parlait plus que de cela depuis des semaines : la France allait élargir sa couverture nucléaire à ses partenaires. Une idée en fait presque aussi vieille que la « force de frappe » elle-même, maintes fois avancée par les prédécesseurs de M. Macron, mais revêtue cette fois d’une acuité nouvelle dans le chaos géopolitique du moment.

En 1976, Valéry Giscard d’Estaing et son chef d’état-major, le général Méry, avaient avancé l’idée d’une « dissuasion élargie ». Mais à l’époque, l’Allemagne, ne voyant de salut que dans le parapluie américain, n’en avait pas voulu, et la proposition française fut remisée aux oubliettes dès l’année suivante, à la grande satisfaction des gaullistes, disciples du général Gallois (1911-2010), le père de la doctrine de la « dissuasion dure », pour qui « les engagements de protection nucléaire ou de dissuasion élargie sont vides de sens ». Depuis, on se réfugie à Paris dans un flou savamment entretenu : notre dissuasion protège nos « intérêts vitaux », mais ceux-ci ne se limitent pas au seul « sanctuaire national ».

Mais cette fois, entre le désir irrépressible du président français de se poser en chef de guerre de l’Europe et la peur panique de nos voisins européens, aussi bien d’un Poutine agressif que d’un Trump tenté par le repli, chacun attendait de connaître le détail des inflexions macroniennes à la doctrine de dissuasion française. Voici donc venue la « dissuasion avancée ».

Habilement, mais aussi parce qu’il savait qu’il était en territoire politiquement risqué sur ce point, Macron insista d’emblée sur les limites de l’exercice. La France proposait d’élargir sa couverture nucléaire à huit pays au moins, mais sans partager l’essentiel : « Il n’y aura aucun partage de la décision ultime, ni de sa planification, ni de sa mise en œuvre. En vertu de notre Constitution, elle appartient au seul président de la République, comptable devant le peuple français. » « En conséquence », ajoute Macron, « il n’y aura pas non plus de partage de la définition des intérêts vitaux, ni de garantie au sens strict du terme ». Voilà pour ses adversaires politiques, qui l’accusaient déjà de brader l’indépendance et la souveraineté nationales au profit de l’Europe… Prudence, donc.

Où est donc la nouveauté ? Réponse : dans la proposition du président français de déployer « ponctuellement » des Rafale porteurs d’armes nucléaires sur les territoires européens alliés.

Ainsi, « nos forces aériennes stratégiques pourront se disséminer dans la profondeur du continent européen », cela « dans le but de compliquer le calcul de nos adversaires ».

Question : la démarche, très ambitieuse puisqu’elle consiste à étendre la couverture nucléaire de la France sur une bonne partie de l’Europe, sera-t-elle crédible à Moscou, et demain à Pékin, avec notre arsenal actuel de 290 ogives déployées sur nos quatre SNLE et sur nos Rafale ? Début de réponse : le président annonce l’accroissement du nombre d’armes et d’avions, ainsi que la construction d’un cinquième sous-marin nucléaire prévu dans dix ans… Problème : sans évoquer le moindre euro pour financer tout cela…

Deuxième question, que se poseront nos futurs « protégés » européens : quel président français choisira de risquer de vitrifier Paris pour sauver Vilnius ou Varsovie ? Une très vieille question, posée jadis par De Gaulle aux Américains, « New York contre Paris ? », qui lui servit de prétexte pour sortir du commandement intégré de l’OTAN en 1966, lors de l’avènement de la doctrine dite de « la riposte graduée » (Flexible Response). Une doctrine de guerre nucléaire « tactique » qui provoqua des années de débat transatlantique, avec des propositions aussi baroques que la force nucléaire multinationale (MLF), et ses hypothétiques sous-marins aux équipages provenant de différentes nations, histoire de partager la décision nucléaire ultime…

Pas plus que les Américains, malgré leur parapluie bien plus puissant que le sien, la France n’échappera à ce débat. Pendant ce temps, l’Allemagne, elle, tirant les leçons de la guerre d’Ukraine, où l’arme atomique n’a été d’aucune utilité, a préféré se lancer dans un gigantesque programme de réarmement conventionnel, à hauteur de 500 milliards d’euros.

Pierre Lellouche
4/3/26

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D
Macron fait du théâtre et s'adapte aux circonstances, au rôle et au décor. Ses presque 10 ans de "règne" peuvent se résumer ainsi : il ne dit pas ce qu'il fait et ne fait pas ce qu'il dit. Alors peu importe...
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M
Oui, vous avez raison….<br /> Apocalypse now ?<br /> <br /> Emmanuel Macron adore les mises en scènes pompeuses. Là, il voulait impressionner, carrément. Top Gun c’est de la rigolade à côté de ce que nous avons vu dans le ciel français et puis à l’Ile Longue. Mais qui voulait-il impressionner ? Les Français qui voient leur pouvoir d’achat diminuer et qui se demandent combien tout cela coûte à chaque fois ?<br /> Les autres pays ? Pourtant il ne faut pas disposer d’un service de renseignements très sophistiqué pour trouver que la Macronie a cramé la caisse, et que les médias français diffusent ouvertement depuis une petite dizaine d’années que la France, avec les munitions dont elle dispose, ne pourrait tenir que quelque jours en cas de conflit à haute intensité…<br /> Donc, pourquoi ce show ?<br /> En ce qui concerne la « dissuasion avancée », a quoi est-elle censée servir ?<br /> A encore provoquer les Russes ?<br /> Pas sûr que le déploiement de Rafale équipés d’armes nucléaires dans le pays de Kaja Kallas, par exemple, soit la meilleure des idées.<br /> Depuis des années on avait agi en contrevenant à l’accord tacite sur l’élargissement de l’OTAN en direction de la Russie. Aux Ukrainiens, on avait dit que peut-être bien que oui, ou peut-être bien que non, ils allaient rentrer dans l’OTAN (Sarkozy et Merkel calmant le jeu à l’époque par crainte d’un conflit ouvert avec la Russie). Des rampes de lancement pour des missiles nucléaires avaient été construites en Roumanie, en Pologne. Le Département d’Etat américain de Biden avait autorisé le transfert de missiles américains et d’autres armes des pays baltes vers l’Ukraine le 19 janvier 2022.<br /> Eh ben, le 24 février 2022, on a vu les chars russes en route vers Kiev…<br /> A quel jeu Emmanuel Macron veut-t-il donc jouer ?<br /> L’ambiguïté stratégique c’est une chose, mais laisser planer le doute en guise de provocation, c’en est une autre…<br /> Aujourd’hui, avec la situation dans le Proche et Moyen Orient, il est plus que jamais nécessaire de trouver un terrain d’entente avec la Russie pour mettre fin à ce conflit néfaste et inutile en Ukraine. Il faut pouvoir concentrer nos efforts et nos forces, pour que la guerre en Iran soit gagnée une bonne fois pour toutes… pas de bombe atomique, pas de missiles, pas de proxys pour ce qui reste des mollahs et leurs Gardiens de la Révolution. <br /> « Ça va être dur de les encercler », mais ce boulot, il faut le finir…<br /> Ensuite, au lieu de laisser augmenter le stock des armes nucléaires dans le monde, il serait plus raisonnable de réfléchir à comment le faire diminuer…combien de fois notre planète toute entière peut-elle déjà être anéantie par le stock existant ?<br /> Dans un premier temps, il convient de ne pas laisser les Iraniens accéder à la bombe. Puis, il faut vraiment œuvrer à la non-prolifération des armes nucléaires dans le monde et essayer de trouver une solution pour que les Chinois ne s’engagent pas davantage dans cette course folle vers l’armement nucléaire.<br /> Il faut aussi éviter de créer des besoins inutiles en énergie pour toutes ces nouvelles technologies qui imposeraient la construction d’une multitude de centrales nucléaires partout dans le monde. Le monde est devenu instable et une centrale nucléaire ne devrait pas se trouver dans une zone de conflit…c’est le cas maintenant en Ukraine…<br /> Puis l’appétit vient en mangeant. Soit le nucléaire civil peut servir de prétexte pour travailler sur le nucléaire militaire, comme en Iran aujourd’hui, ou alors, quand des installations civiles sont présentes, cela peut aussi ouvrir l’appétit pour le nucléaire militaire.<br /> Quant à la nucléarisation de l’Allemagne, ce serait vraiment la dernière des absurdités que l’on nous aura inventées. Même le peuple allemand n’en veut pas. Il voulait sortir du nucléaire civil et Angela Merkel la fait, mais les Ukrainiens (oui, apparemment c’est eux) ont saboté les Nord Stream…<br /> L’industrie allemande est donc en difficulté, délocalise, ne sait plus quoi inventer. Pendant ce temps-là, Ursula von der Leyen nous pond un accord de libre-échange après l’autre.<br /> Non, la distribution des rôles n’est pas bonne du tout.<br /> Dans un monde européen sensé, la France avait la dissuasion nucléaire non-partagée et une agriculture d’envergure en bonne santé, l’Allemagne disposait d’une industrie sans faille, mais n’aspirait pas à développer la plus forte armée de l’Europe, et la Russie, enfin libérée du joug soviétique, nous livrait du gaz (oui, pardon de le dire, du gaz…) et des matières premières. C’était une Russie qui cherchait à se rapprocher de nous, mais nous - notamment avec cette interminable guerre en Ukraine- l’avons poussée dans les bras des Chinois et puis dans les bras d’autres nations qui n’ont pas que des bonnes intentions envers nous.<br /> Tout a volé en éclats.<br /> Et on continue à vouloir démonter ce triptyque, cette clé de voûte d’une Europe qui se voulait libre, démocratique, apaisée, prospère et stable…<br /> Quel gâchis…<br /> <br /> Marion Winter, le 28/03/2026<br /> <br /> P.S. :<br /> - Je pense que Dieu aime les fous.<br /> - Pourquoi ?<br /> - Parce qu’il en met tellement au monde.<br /> (Rambo III)
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