Les Chantiers de la Liberté

Un Munich oriental ?

Un Munich oriental ?

Emmanuel Macron triomphe. Évian, Versailles : « Voilà qui rappelle ce que la France sait faire ! » clame-t-il, prenant à son propre compte l’accord de paix signé par Trump à Versailles le 17 juin.

Dans un pays épuisé, où plus rien ne marche, avec des Français écrasés de normes et d’impôts, encore choqués par le viol et la mort d’une enfant que l’État français n’a pas su protéger, le président, lui, jubile, se rengorgeant de son narratif de banquier d’affaires appliqué à la géopolitique :

« la France, puissance facilitatrice qui cherche à bâtir des compromis ».

Pas sûr que Louis XIV, Clemenceau ou de Gaulle eussent approuvé pareil rétrécissement de la puissance française au niveau d’une ONG ou d’une banque suisse… Mais qu’importe ! Tout à son succès (celui d’avoir obtenu que Trump veuille bien dîner à Versailles), il a crié « Bravo ! » quand ce dernier, armé de son célèbre et énorme feutre noir, sur la table même du dîner, lui offrait la divine surprise de la signature du « Mémorandum » de paix avec l’Iran. Il applaudit derechef tandis que son hôte n’en finissait pas d’apposer son interminable signature en dents de scie au papier que l’on venait, en urgence, d’imprimer. Le lendemain, pourtant, dans un moment de lucidité, Macron ajoutait toutefois qu’il ne croyait pas pouvoir dire que « la guerre entre l’Iran et les États-Unis est totalement terminée ».

C’est, en effet, le moins qu’on puisse dire…

Car l’accord signé par Trump n’est rien d’autre qu’une capitulation — celle-là même qu’il annonçait vouloir infliger à l’Iran au début du conflit. Une capitulation en forme de désastre stratégique, pour trois raisons principales :

1. D’abord parce qu’aucun des objectifs fixés « à cette petite excursion » (Trump dixit) n’a été atteint : ni la chute du régime de Téhéran, ni la fin de son programme nucléaire, ni la destruction de son arsenal de missiles, ni l’arrêt de sa politique de déstabilisation de la région via ses milices alliées, notamment le Hezbollah.

2. Tout au contraire, le régime, dirigé désormais par un commando d’anciens combattants de la guerre contre l’Irak (un million de morts…), tous membres des gardiens de la Révolution, sort renforcé et plus revanchard que jamais de l’épreuve subie par les quelque 13 000 frappes américano-israéliennes de mars dernier. Leur stratégie d’escalade horizontale contre leurs voisins arabes producteurs de gaz et de pétrole, couplée au blocus du détroit d’Ormuz, a parfaitement fonctionné. Privée du quart de ses besoins énergétiques, l’économie mondiale a été littéralement asphyxiée, et Trump, au final, a dû céder, payant au prix fort (300 à 400 milliards de dollars) la réouverture d’Ormuz.

3. Ormuz, qui, après 60 jours, restera « la propriété » de l’Iran, qui prélèvera un droit de passage aux navires de son choix (10 autres milliards par an)… On touche ici au « Munich oriental » validé par Trump et, hélas, applaudi par Macron et ses collègues européens. Car, comme jadis la Tchécoslovaquie de Beneš, ont été littéralement abandonnés :

1) le peuple iranien, que l’on était supposé libérer de la dictature ;

2) le Liban, qui voulait se débarrasser du Hezbollah, mais qui voit celui-ci reconnu et conforté par l’accord ;

3) Israël, bien sûr, qui, écarté des négociations avec l’Iran, se voit interdit de poursuivre la guerre contre le Hezbollah et voit l’Iran renforcé, y compris dans « ses besoins nucléaires » ;

4) les monarchies pétrolières arabes, bombardées massivement par l’Iran, et qui, ayant pu mesurer la vacuité de la protection américaine, se voient, en prime, priées par Trump de payer 300 milliards de dollars pour la reconstruction de l’Iran… En revenant de Munich, Daladier avait eu ce mot, resté célèbre, face à la foule soulagée qui l’ovationnait : « Ah, les cons… »

Ce mot n’a pas été prononcé à Versailles. « Les marchés montent, le pétrole baisse », a proclamé Trump, l’incendiaire content d’avoir éteint (provisoirement) l’incendie qu’il avait lui-même déclenché.

Mon vieux maître Kissinger avait prévenu : « S’il est dangereux d’être l’ennemi de l’Amérique, être son ami est fatal… »

 

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