12 Août 2026
Donald Trump n’aime pas les diplomates. Il les méprise, les jugeant hors sol. Il les combat, car il voit en eux la 5ᵉ colonne de « l’État profond » qui s’opposerait à son Amérique à lui : celle de MAGA, celle de l’Amérique d’abord.
Depuis son investiture il y a 18 mois, Trump a nommé 101 ambassadeurs. Neuf seulement sont des diplomates de métier. Tous les autres sont des affidés, généreux donateurs ou fidèles militants trumpistes. Des nominations toujours pas effectives, d’ailleurs : à peine 40 % des ambassades américaines dans le monde ont vu arriver leur ambassadeur, et seulement 20 % en Afrique.
À Washington, Marco Rubio, à la fois secrétaire d’État (ministre des Affaires étrangères) et conseiller à la sécurité nationale, préfère son bureau de la Maison-Blanche, où tout se passe et se décide, au 7ᵉ étage du département d’État, d’où pas moins de 3 000 diplomates ont été virés…
Trump gère les affaires du monde en se fiant, selon sa propre formule, à son « instinct », en s’appuyant sur des amis proches ou des membres de sa famille : Jared Kushner, Steve Witkoff, Tom Barrack, des businessmen riches mais totalement ignorants des dossiers extrêmement complexes (Ukraine ou Golfe) qu’ils sont supposés gérer. Comme l’a confié récemment Nick Burns, l’un des diplomates les plus respectés aux États-Unis et à l’étranger, « dans la pièce où tout se décide, il n’y a jamais de diplomate professionnel ».
Résultat : l’incroyable rédaction du fameux « mémorandum » en 14 points entre l’Iran et les États-Unis, que Trump signa le 17 juin dernier à Versailles, et dans lequel Téhéran obtenait la cessation des frappes américaines, le déblocage de 23 milliards de dollars en échange d’une réouverture du détroit d’Ormuz sans frais « pendant 60 jours uniquement », les questions nucléaires étant reportées à une date lointaine non précisée…
Ce n’est qu’un mois plus tard que Trump a commencé à comprendre le piège dans lequel il s’était mis lui-même. Les Gardiens de la Révolution se mirent à frapper les navires qui refusaient de franchir le détroit non pas le long de la côte nord, celle de l’Iran, mais le long de la côte omanaise, au sud, protégée par l’US Navy. De rage, Trump traita alors les Iraniens d’« ordures » et reprit les bombardements, auxquels les Iraniens répondent en frappant leurs voisins arabes : Qatar, Émirats, Bahreïn et même Jordanie… Reste toujours la question du péage, qui sous-tend celle du futur statut du détroit.
Alors qu’en juin, devant les alliés du Golfe, Rubio avait publiquement condamné toute tentative de taxer la navigation dans les détroits comme absolument contraire au droit maritime international, Trump, lui, se faisait fort, lundi dernier, d’imposer un péage de 20 % sur la valeur des cargaisons, pour « rembourser l’Amérique pour sa protection du détroit ». Mais devant la levée de boucliers des monarchies arabes, des grands armateurs et de l’Organisation maritime internationale, Trump dut faire machine arrière dès le lendemain.
Mardi dernier, il annonçait, en même temps que le blocus des ports et navires iraniens à compter de 16 heures, que le péage serait remplacé par des investissements arabes équivalents aux États-Unis… Les Iraniens, eux, se moquent. Le ministre des Affaires étrangères Araghchi a félicité Trump pour avoir repris l’idée du péage, mais « 20 %, c’est un peu cher », ajoute-t-il. « Nous serons plus équitables »…
Voici donc l’Amérique repartie dans une nouvelle guerre sans fin, celle-là même que Trump dénonçait dans sa campagne. Une guerre dont ne veulent ni les Américains (70 % contre), ni le Sénat, qui vient de reporter le vote du budget du Pentagone, y voyant une manœuvre pour faire avaliser la guerre, ni les militaires, qui craignent de voir leurs stocks d’armes sophistiquées s’épuiser alors que la Chine se renforce chaque jour.
Une guerre menée sans stratégie, sans diplomates chevronnés et dans l’amateurisme le plus total ne peut conduire qu’au désastre.
Dommage qu’Emmanuel Macron ait cru bon d’imiter le modèle trumpiste en détruisant le Quai d’Orsay et en décidant de tout, tout seul, avec une poignée de courtisans dans sa « cellule diplomatique »… On en a vu le résultat en Afrique ou au Proche-Orient, notamment…
Pierre Lellouche
16 juillet 2026