30 Juillet 2026
C’est un grand « ouf » de soulagement chez les alliés européens.
Le sommet de l’OTAN d’Ankara s’est terminé sans drame, sans rupture ni divorce. Si rien n’est vraiment résolu sur le double front ukrainien et moyen-oriental, du moins les apparences sont sauves. Le sommet s’est achevé par le rappel solennel de la clause de sécurité commune — le fameux article V du traité de l’Atlantique Nord —, et même par la proclamation d’un soutien renouvelé à l’Ukraine dans sa guerre contre l’invasion russe.
Pourtant, c’est un Trump en colère qui était arrivé dans la capitale turque, exprimant devant les caméras, à côté d’un Mark Rutte contrit — le secrétaire général de l’Alliance —, tous les ressentiments qu’il nourrissait à l’égard des Européens : Trump ne pardonnant ni l’attitude hostile des alliés sur l’annexion du Groenland, jugée pourtant indispensable par le président américain, ni leur absence de tout soutien — bien au contraire ! — dans la guerre contre l’Iran.
Mais, miracle : lors de la conférence de presse de clôture du sommet, le lendemain, le même Donald Trump se félicitait de « l’unité » et même de « l’amour » qu’il avait ressentis dans la salle du Conseil…
Sur le fond, la réalité est quelque peu différente et explique sans doute le soudain changement de ton du « boss ». L’OTAN perdure, mais sous une autre forme, que le sommet s’est bien gardé de détailler. Pas un mot des retraits prévus dans la « posture de forces » américaine en Europe, qui seront pourtant menés à terme dans le délai de six mois évoqué par le Pentagone, et, avec eux, du passage de témoin de trois commandements majeurs à des officiers généraux européens. Pas un mot non plus de cette « OTAN 3.0 » qui sera, pour Washington, non pas celle du « partage », mais du « transfert » du fardeau aux Européens.
Ces derniers auront avalé cette pilule historique sans protester… de quoi satisfaire Trump, qui se sort ainsi du sommet sans drame, ni à Ankara ni chez lui, devant un Congrès qui reste attaché à l’Alliance.
Idem sur l’Ukraine. En apparence, le sommet est une victoire politique et médiatique pour Zelensky, photographié à côté du président Trump sous la bannière étoilée et surtout celle de l’OTAN, avec, en prime, les propos élogieux de l’Américain pour les récentes prouesses militaires ukrainiennes. Une image qui a dû faire bouillir du côté de Moscou, où le rapprochement de l’Ukraine avec l’Alliance atlantique est à l’origine de cette guerre et demeure un casus belli absolument majeur.
Mais, au-delà des photos, il y a la guerre, justement. Zelensky a besoin d’argent et, en urgence, d’intercepteurs antimissiles. L’argent viendra des Européens à hauteur de 2 fois 70 milliards d’euros en 2026 et 2027. Mais, quant aux intercepteurs « Patriot », les Ukrainiens devront patienter — longtemps. Washington en a besoin face à la Chine, mais également au Proche-Orient, où un grand nombre de ces missiles ont déjà été consommés face aux attaques iraniennes.
Mais, miracle là encore, une solution apparemment révolutionnaire a été annoncée : Trump acceptant de transférer la fabrication de ses missiles Patriot en Ukraine et s’engageant à obtenir des firmes qui les produisent — Raytheon et Lockheed Martin — les transferts de technologie nécessaires. Si les médias ont été impressionnés, la réalité est, là encore, tout autre, puisqu’un tel transfert, s’il a bien lieu un jour, prendra plusieurs années et n’interviendrait qu’après la fin de la guerre.
Dans l’immédiat, l’Ukraine reste donc sans solution face aux missiles balistiques russes tirés chaque nuit contre ses centres urbains et ses populations civiles, y compris à Kyiv. En vérité, en dehors de Trump, le seul gagnant de cette opération n’est autre que l’hôte, le président Erdogan, qui s’impose désormais, avec son armée et sa puissante industrie d’armements, comme le partenaire clé de l’Amérique, le point de jonction entre les deux guerres d’Ukraine et d’Iran.
« Le sommet avait lieu à Ankara. Sans la Turquie, je ne serais pas venu », a dit tout bonnement le président américain…
Pierre Lellouche
10/7/26