Idées et analyses sur les dynamiques politiques et diplomatiques.
16 Novembre 2025
Un an déjà depuis la réélection de Donald Trump. Mais la guerre d’Ukraine, que Trump prétendait « régler en 24 heures », dure toujours, proche d’entrer dans sa cinquième année le 24 février prochain.
Trump aime à faire lui-même sa publicité de faiseur de paix aux quatre coins du globe, un globe devenu, semble-t-il, son terrain de jeu. Après le Congo, l’Arménie, l’Inde et le Pakistan, la Thaïlande et le Cambodge, Gaza bien sûr, et même — annonce-t-on — le Maroc et l’Algérie dans les prochaines semaines, Trump bute toujours cependant sur son « ami » Poutine, que tour à tour Trump cajole, puis menace, puis cajole, etc.
Au total, une étonnante série de zigzags depuis février dernier — une vingtaine au moins — et un régime de douche écossaise infligé à Zelinski et ses soutiens européens.
Récapitulons :
19 février 2025 : premier Zig (favorable aux Russes) : Trump qualifie Zelinski de « dictateur »
28 février, 2ᵉ Zig : à la Maison-Blanche, Zelinski est humilié par Trump et Vance devant les télévisions du monde entier : « Vous n’avez pas les cartes »...
2 mars, 3ᵉ Zig : Trump suspend les livraisons d’armes à l’Ukraine ;
5 mars, 4ᵉ Zig : Trump suspend le partage du renseignement avec l’Ukraine ;
30 mars : 1er revirement et premier Zag (favorable à l’Ukraine) : Trump menace Poutine de sanctions « sur tout le pétrole en provenance de Russie » ;
24 avril : 2ᵉ Zag : « Vladimir, stop ! Je désapprouve les frappes russes contre Kiev » ;
26 avril : 3ᵉ Zag : Trump rencontre Zelinski au Vatican, et juge que Poutine « le fait marcher ». Il le menace à nouveau de « sanctions bancaires et secondaires » ;
30 avril : 4ᵉ Zag : l’Ukraine offre ses terres rares (préalablement promises aux Européens) aux États-Unis ;
14 juillet : 5ᵉ Zag : Trump impose un ultimatum : la Russie a 50 jours pour accepter un cessez-le-feu, sous peine de nouvelles sanctions. Le 29 juillet, Trump réduit son ultimatum à 10 jours ; il doit s’achever le 8 août ;
8 août : nouveau revirement. Avec ce 5ᵉ Zag, Trump évoque des « échanges de territoires pour le bien de tous » ;
15 août : 6ᵉ Zig spectaculaire : sommet surprise à Anchorage et retrouvailles chaleureuses entre Trump et Poutine. L’Américain abandonne son idée de cessez-le-feu et de sanctions. Il adopte la position poutinienne sur « l’accord de paix » ;
18 août : nouveau tête-à-queue et 6ᵉ Zag : Trump s’engage pour des garanties de sécurité en Ukraine : « Nous allons les aider » ;
Fin août : 7ᵉ Zag : les services américains coopèrent avec l’armée ukrainienne pour lui permettre de frapper en profondeur les installations énergétiques en Russie ;
12 octobre : 8ᵉ Zag toujours : Trump évoque pour la première fois la fourniture de missiles Tomahawk (2 400 km de portée) à l’Ukraine pour frapper en profondeur le territoire russe ;
16 octobre : rétropédalage et 7ᵉ Zig : Trump annonce un nouveau sommet avec Poutine à Budapest ;
17 octobre : 8ᵉ Zig et nouveau rétropédalage : Trump revient sur sa décision de livrer des Tomahawk : « Cela pourrait entraîner une escalade ». Recevant Zelinski pour la troisième fois à la Maison-Blanche, il exhorte le président ukrainien à accepter les conditions de Poutine (retrait de l’armée ukrainienne des portions du Donbass encore contrôlées par Kiev) : « Le président Poutine veut mettre fin à la guerre » ;
21 octobre : nouveau revirement avec un 9ᵉ Zag : Trump annule le sommet de Budapest : « Il ne veut pas perdre son temps » ;
22 octobre : les deux principales compagnies pétrolières russes, Lukoil et Rosneft, sont frappées de sanctions…
Cette liste d’allers et retours donne le tournis. Mais elle est lourde d’enseignements :
Les Européens sont totalement absents de la négociation à distance entre Trump et Poutine. Malgré les sommets à répétition à Paris ou à Bruxelles, il leur reste seulement la tâche ingrate de trouver l’argent pour aider l’Ukraine à tenir. D’où l’idée hautement discutable de saisir les fonds russes déposés à Bruxelles (140 milliards d’euros) pour financer la guerre ces deux prochaines années…
Poutine ne craint guère les sanctions ; en revanche, les Tomahawk opérés par des techniciens américains pourraient conduire à une escalade, que redoute lui aussi Trump.
Le fait nouveau est que Zelinski a fini par accepter un cessez-le-feu sur l’actuelle ligne de front, ce qu’il refusait absolument jusqu’à présent. C’est aussi, depuis le début, la solution de Trump. Sauf que Poutine veut toujours la totalité du Donbass que lui promettent ses généraux.
D’où l’impasse. Pendant que Trump voyage en Asie et s’occupe surtout de la Chine, tout en mettant une pression maximale sur le régime de Maduro au Venezuela… Avant un nouveau Zig ?
Pierre Lellouche
29/10/25
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Les Chantiers de la Liberté - Pierre Lellouche
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