Les Chantiers de la Liberté

Les Talibans, fantômes de Bruxelles

Les Talibans, fantômes de Bruxelles

Personne ne les a vus, et encore moins filmés. Une délégation fantomatique, composée de cinq talibans et dirigée par un certain Abdul Qahar Balkhi, porte-parole du ministère des Affaires étrangères de Kaboul, est arrivée à Bruxelles et repartie dès le lendemain, au début de la semaine dernière, ses visas ayant été accordés pour vingt-quatre heures.

La rencontre, à l’invitation de la Commission, se voulait strictement « technique » et nullement « politique » ; elle s’est tenue dans un lieu secret, hors des bâtiments officiels de l’Union.

Son objectif, du côté européen : obtenir de Kaboul le retour d’immigrés afghans condamnés par la justice dans un ou plusieurs États membres. Objectif inverse du côté taliban : sous couvert de consentir à de tels retours, obtenir des Européens l’ouverture de bureaux consulaires pour que ces immigrés soient « traités dignement » — et, au passage, gagner une forme de reconnaissance politique.

Jusqu’à présent, sauf en Allemagne — on y reviendra —, les ambassades afghanes en Europe ne comptent aucun taliban parmi leur personnel diplomatique, et cela cinq ans après la prise de Kaboul par le régime taliban…

L’affaire n’a guère fait de bruit en France — bien au contraire : silence assourdissant du gouvernement — et pourtant, elle n’est pas sans souligner, une fois encore, les divisions des Européens et, surtout, leur impuissance face à un problème migratoire majeur.

Par le nombre, d’abord : l’UE a recensé un million de demandeurs d’asile afghans entre 2013 et 2024, avec une forte accélération au cours de la période récente. Ainsi, la France comptait 472 demandeurs d’asile afghans en 2014 et 16 500 en 2023.

Particulièrement généreux dans l’octroi de cette protection, accordée dans 70 % des cas — contre 40 % en moyenne dans le reste de l’UE —, notre pays accueille désormais sur son sol pas moins de 100 000 « réfugiés » afghans supposément « politiques ».

Tous sont des hommes — les malheureuses femmes afghanes et leurs burkas sont bloquées au pays —, tous sont jeunes, très peu éduqués et confrontés, une fois en Europe, à une marginalité culturelle et sociale maximale.

Ces jeunes ont été élevés dans la charia et n’ont connu que la violence des guerres qui ravagent le pays depuis un demi-siècle… D’où leur surreprésentation parmi les étrangers condamnés, fait constaté en France, mais aussi en Allemagne, en Suède…

Face à ce défi, nulle position commune.

L’Allemagne, pragmatique, accepte, quant à elle, des talibans à l’ambassade de Berlin et parvient à organiser discrètement des vols charters de retour vers Kaboul.

Les Suédois et autres pays nordiques ont demandé à la Commission d’ouvrir de premiers contacts, mais sans s’impliquer directement. Demande accueillie avec délectation par la présidente von der Leyen, qui n’aime rien tant que d’accroître ses pouvoirs sur des sujets régaliens où elle n’a pourtant nulle attribution.

Lors de la réunion bruxelloise, le commissaire aux Affaires intérieures et aux Migrations, l’Autrichien Magnus Brunner, était donc en charge, entouré des fonctionnaires de la Commission.

Mais, fort discrètement, une quinzaine d’États étaient eux aussi représentés, tels des fantômes face aux fantômes venus de Kaboul… Courageusement, la France de Macron a préféré s’abstenir.

La reconnaissance, même indirecte, du régime taliban aurait sans doute provoqué une immense bronca à Paris, face à la trahison des petites filles et des femmes afghanes, dont on connaît le sort épouvantable qu’elles doivent subir chaque jour sous le régime de la charia talibane.

Pour prix de son silence peu glorieux, Paris n’a pas élevé la moindre protestation face au fait accompli des bureaucrates de Bruxelles, qui désormais s’arrogent le droit de piloter la politique migratoire de l’UE… sans les États.

Pierre Lellouche
25/6/26

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