Idées et analyses sur les dynamiques politiques et diplomatiques.
19 Février 2026
Le divorce transatlantique tant redouté en Europe a donc été consommé le week-end dernier à Munich, à l’occasion de la Conférence annuelle pour la sécurité.
L’an dernier, le gotha du monde diplomatico-militaire de l’Alliance avait accueilli avec consternation le discours, sans précédent en ces lieux, du vice-président américain J. D. Vance, qui venait tout juste de prendre ses fonctions. Un discours en forme de réquisitoire, non pas contre la Russie, mais contre l’Europe, accusée de saborder sa propre démocratie en succombant au wokisme, de manipuler les élections, et même de sacrifier sa civilisation en la noyant sous une immigration de masse hors de contrôle.
Cette année, la venue du secrétaire d’État Marco Rubio devait, espérait-on du côté européen, réparer tant soit peu une relation passablement abîmée tout au long de l’année écoulée, au fil des diktats successifs de Trump sur les droits de douane, les normes imposées aux GAFAM, et bien sûr l’Ukraine, d’où les Américains se sont essentiellement retirés, sauf comme médiateurs — et pour vendre leurs armes aux Européens… Mais une année entière de génuflexions successives devant l’irascible autant qu’imprévisible hôte de la Maison Blanche n’y aura rien fait.
Rubio a certes soigné l’emballage, en rappelant par exemple que l’Amérique « est et restera toujours la fille de l’Europe », qu’elle cherche simplement à « revitaliser notre amitié », et même à « construire un nouveau siècle occidental ». Sur le fond, les griefs restent les mêmes : l’Europe s’appauvrit et se désindustrialise avec sa « religion du climat » et, oui, elle est bien en voie « d’effacement civilisationnel » en raison de son laxisme sur l’immigration. Et pour bien montrer que le divorce était bel et bien acté avec le camp « progressiste » européen, Vance a carrément séché une réunion de consultation sur l’Ukraine prévue avec ses homologues européens, avant de reprendre son avion pour la Slovaquie et la Hongrie, deux pays inconditionnels de Trump.
S’ils ont désormais conscience d’être entrés dans un nouveau monde, sans protection assurée et gratuite des États-Unis, les Européens restent profondément divisés sur ce qu’il convient désormais de faire pour assurer la sécurité de l’Europe. C’est ici que s’installe progressivement un second divorce, conséquence du premier, cette fois entre Français et Allemands.
Quand Macron persiste à vouloir bâtir une authentique « souveraineté européenne » et son corollaire, « l’autonomie stratégique », pour le Vieux Continent, Merz considère que l’Europe n’est pas encore prête, que « la priorité absolue est de renforcer l’Europe au sein de l’OTAN… tant que nous ne sommes pas en mesure d’assurer notre sécurité par nos propres moyens ». Et le chancelier d’ajouter que l’Allemagne a bien l’intention de devenir « la première armée conventionnelle en Europe », et qu’elle y consacrera plusieurs centaines de milliards d’euros.
Et comme pour enfoncer un clou de plus dans le fameux « couple franco-allemand », c’est le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, qui se moque des efforts insuffisants d’une France désargentée : Macron, dit-il, « évoque à juste titre tout le temps notre aspiration à la souveraineté européenne. Quiconque en parle doit agir en conséquence dans son propre pays. Les efforts déployés jusqu’à présent en République française sont insuffisants pour y parvenir ». L’Allemagne donnant des leçons de réarmement à la France ! L’époque est étonnante.
Une époque qui produit aussi un magnifique enterrement : celui de l’avion de combat du futur, le fameux SCAF, successeur du Rafale de Dassault et de l’Eurofighter d’Airbus Defence and Space. Depuis des mois, le second, basé à Munich, réclame la maîtrise d’œuvre du futur avion de combat, alors que Dassault, fort des succès du Rafale, estime, à juste titre, être infiniment mieux préparé pour mener à bien ce programme.
Le leadership allemand ayant été refusé par l’industriel français, et inversement, Merz vient d’annoncer que l’Allemagne se cherchera d’autres partenaires.
Amen.
Pierre Lellouche
19/2/26