Idées et analyses sur les dynamiques politiques et diplomatiques.
24 Décembre 2025
En l’espace de quelques jours, tout un monde, celui de la protection américaine gratuite, celui de l’OTAN, s’est effondré devant des dirigeants européens à la fois sidérés et paniqués.
La « Stratégie de sécurité nationale 2025 », préfacée par Trump en personne, annonce une Amérique d’abord tournée vers elle-même (MAGA) et son « hémisphère », et revendique sans complexe le retour à la doctrine Monroe de 1823. L’Europe, quant à elle, n’est évoquée que sur deux pages et demie (sur 33) rédigées au vitriol. Violemment critiquée tant pour son déclin économique et technologique que pour sa mauvaise gouvernance, jugée peu démocratique, cette Europe est surtout submergée par une immigration hors contrôle qui la rend méconnaissable, au point de risquer son « effacement civilisationnel ». Un état des lieux malheureusement assez conforme à la réalité…
Deux jours plus tard, dans une interview à Politico, Trump en rajoute une couche, avouant qu’il ne reconnaît plus ni Paris ni Londres qu’il aimait jadis, critiquant des gouvernants européens fourvoyés et incompétents.
Parallèlement, la diplomatie trumpiste, conduite par deux businessmen millionnaires (Witkoff, l’ami, et Jared Kushner, le gendre), accélère : contacts avec Poutine à Moscou, puis séance d’« explication de texte » avec les Ukrainiens en Floride, le tout en tenant soigneusement à l’écart le trio européen (Starmer, Macron, Merz), lequel persiste à essayer d’exister en confortant Zelensky à Londres face à la pression américaine.
Les pièces du puzzle émergent :
Reste à savoir comment Poutine accueillera un tel « paquet ». Mais là encore, les businessmen ont beaucoup travaillé avec leur collègue russe Dmitriev, lui-même formé à Harvard et chez Goldman Sachs : levée des sanctions, réadmission de la Russie dans le G7, et surtout réouverture du gazoduc Nord Stream II, couplée à l’exploitation conjointe de l’Arctique…
Comme je l’avais prévu dans mon livre « Engrenages », cet accord conforme aux rapports de forces sur le terrain est détestable pour l’Ukraine comme pour l’Europe, et bien sûr bien pire que celui qui fut quasiment acté en avril 2022 entre Russes et Ukrainiens, avant d’être écarté par Biden et Boris Johnson, persuadés qu’ils étaient de pouvoir vaincre militairement la Russie.
Un tel accord suscitera des ressentiments profonds, surtout en Ukraine occidentale, et le maintien d’une zone tampon démilitarisée entre les deux camps ne sera pas une mince affaire. Quant à la garantie de sécurité, l’Ukraine ne bénéficiera pas des 60 000 GI et des armes atomiques américaines déployées en Corée du Sud depuis 70 ans…
Quant à l’Europe, de même qu’elle fut incapable de définir sa propre stratégie dans la guerre, elle est tout aussi incapable de définir à présent sa stratégie dans la paix. Elle cultive, comme à son habitude, le déni : déni d’une OTAN qui s’efface irrésistiblement, et d’une défense qu’il va falloir réapprendre à assurer après 80 ans de Pax Americana sur le continent.
Dans l’immédiat, elle ne dispose ni des moyens financiers, ni de l’industrie militaire suffisante pour « poursuivre l’effort de guerre », comme le clame Emmanuel Macron, donc pas de plan B à opposer à Trump. Et elle hésite toujours à se saisir des avoirs russes (décision attendue le 19 décembre)…
Perfide, la presse anglo-saxonne rappelle que la France continue d’importer (sans le dire) du gaz russe – et cela jusqu’en 2027 –, tandis que certaines grandes banques françaises abritent toujours 18 milliards d’euros de fonds souverains russes… dont personne ne veut parler…
par Pierre Lellouche
11 décembre 2025