Idées et analyses sur les dynamiques politiques et diplomatiques.
2 Janvier 2026
Le sommet de l’UE des 18 et 19 décembre était annoncé comme un rendez-vous crucial pour l’Europe, celui de sa crédibilité en tant qu’acteur majeur sur la scène internationale. Il était d’abord question de créer « un marché de 750 millions de consommateurs » avec la conclusion d’un Traité de libre-échange avec l’Amérique latine. L’accord devait être signé au Brésil au lendemain même du sommet ; les valises de la Présidente de la Commission étaient fin prêtes…
Mais il était surtout question de prendre en charge la sécurité du continent, et pour cela de se mettre d’accord en urgence sur le financement de l’Ukraine, toujours en guerre, pour 2026 et 2027, Kiev étant littéralement en faillite dès le premier trimestre 2026. Martial, le premier ministre polonais, avait planté le décor en ces termes en arrivant à Bruxelles :
« Le choix est simple : soit l’argent tout de suite, soit le sang demain… »
Las, ce sommet aura une nouvelle fois confirmé l’inverse : face aux Empires, l’Europe n’est plus qu’un groupe de pays qui parlent sans arrêt, comme dit Trump, « sans savoir décider quoi que ce soit » ; une bande de « petits cochons », ajoute Poutine… La Chine, elle, ne dit rien, mais n’en pense pas moins, déversant sur le vieux continent une avalanche de produits qu’elle ne vend plus aux États-Unis, droits de douane oblige. Rien qu’en France, la Chine compte désormais pour la moitié du déficit abyssal de notre commerce extérieur (près de 50 milliards sur 100 !).
En fait d’armements devant être livrés à Kiev, on a surtout vu des tracteurs dans les rues de Bruxelles, et les habituelles images d’agriculteurs (surtout français) criant leur détresse face aux policiers belges, sur fond de palettes en flammes. Au final, le Traité MERCOSUR négocié depuis 25 ans (!) sera donc une nouvelle fois repoussé, mais de quelques semaines seulement, le temps de mettre en place des mesures de sauvegarde dont on s’est aperçu à la dernière minute (!) qu’elles étaient indispensables pour contrôler les importations venues du Brésil ou d’Argentine.
Georgia Meloni est venue in extremis sauver Macron, aux prises avec ses propres déclarations contradictoires sur le MERCOSUR (un jour oui, un jour non, comme à son habitude), et surtout avec une soudaine crise d’épizootie de dermatose bovine traitée de la pire des façons par son gouvernement à coups d’hélicoptères et de blindés…
Le front ukrainien
Restait le front ukrainien. Depuis des semaines, les Européens cherchaient à s’imposer dans une négociation qui leur échappe totalement entre Trump et Poutine, multipliant les sommets et autres rencontres en visio avec Zelinsky. Consternés, les Européens ont compris depuis le sommet Trump-Poutine du 15 août dernier que Trump n’était plus leur allié dans cette affaire, mais un médiateur, plutôt favorable aux intérêts russes : pas d’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN, abandon par Kiev de la totalité du Donbass, exclusion de toute présence militaire occidentale sur le territoire ukrainien après la guerre.
Pour empêcher un tel « deal », les Européens, faute de « plan B », devaient a minima aider financièrement l’Ukraine à tenir, au moins pendant les deux prochaines années, à raison d’au moins 70 milliards d’euros par an, l’Amérique, quant à elle, ayant cessé tout financement depuis janvier dernier. L’Europe étant désargentée et sa croissance voisine de zéro, y compris en Allemagne, l’idée s’est imposée d’aller se servir dans les fonds souverains russes (210 milliards d’euros) déposés en majorité auprès d’Euroclear en Belgique.
Une action parfaitement illégale en droit international, immédiatement dénoncée comme un « vol » par Poutine, et qui aurait engagé la responsabilité d’Euroclear et de la Belgique. Malgré toutes les pressions du chancelier Mertz, de Zelinsky auprès du Premier ministre belge Bart de Wever, malgré moult réunions d’experts, la solution finalement retenue est celle de l’emprunt collectif, type Covid, à hauteur de 90 milliards d’euros, qui alourdira un peu plus la dette des États membres (près de 3 500 milliards en France !).
Ce prêt sera théoriquement remboursé par l’Ukraine après-guerre, dans le cadre d’éventuelles réparations russes… L’Allemagne n’en voulait pas, mais a dû s’y résigner vers 3 heures du matin ce 19 décembre. Tout comme les Hongrois, Tchèques et autres Slovaques, qui ont finalement renoncé à bloquer l’emprunt, en obtenant de ne pas en être ni parties, ni comptables.
Pendant ce temps, la guerre en Ukraine continue… Trump a imposé un blocus total, aérien et maritime, contre le Venezuela, ouvrant la voie à la Chine qui rêve d’en faire de même à Taïwan. Taïwan, à qui Trump vient de décider de livrer pour 11 milliards de dollars d’armements.
Bref, le monde des Empires tourne, mais sans nous…
Pierre Lellouche
19/12/25
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Les Chantiers de la Liberté - Pierre Lellouche
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