Les Chantiers de la Liberté

Idées et analyses sur les dynamiques politiques et diplomatiques.

Le bal des « petits cochons »

Le bal des « petits cochons »

Le sommet de l’UE des 18 et 19 décembre était annoncé comme un rendez-vous crucial pour l’Europe, celui de sa crédibilité en tant qu’acteur majeur sur la scène internationale. Il était d’abord question de créer « un marché de 750 millions de consommateurs » avec la conclusion d’un Traité de libre-échange avec l’Amérique latine. L’accord devait être signé au Brésil au lendemain même du sommet ; les valises de la Présidente de la Commission étaient fin prêtes…

Mais il était surtout question de prendre en charge la sécurité du continent, et pour cela de se mettre d’accord en urgence sur le financement de l’Ukraine, toujours en guerre, pour 2026 et 2027, Kiev étant littéralement en faillite dès le premier trimestre 2026. Martial, le premier ministre polonais, avait planté le décor en ces termes en arrivant à Bruxelles :

« Le choix est simple : soit l’argent tout de suite, soit le sang demain… »

Las, ce sommet aura une nouvelle fois confirmé l’inverse : face aux Empires, l’Europe n’est plus qu’un groupe de pays qui parlent sans arrêt, comme dit Trump, « sans savoir décider quoi que ce soit » ; une bande de « petits cochons », ajoute Poutine… La Chine, elle, ne dit rien, mais n’en pense pas moins, déversant sur le vieux continent une avalanche de produits qu’elle ne vend plus aux États-Unis, droits de douane oblige. Rien qu’en France, la Chine compte désormais pour la moitié du déficit abyssal de notre commerce extérieur (près de 50 milliards sur 100 !).

En fait d’armements devant être livrés à Kiev, on a surtout vu des tracteurs dans les rues de Bruxelles, et les habituelles images d’agriculteurs (surtout français) criant leur détresse face aux policiers belges, sur fond de palettes en flammes. Au final, le Traité MERCOSUR négocié depuis 25 ans (!) sera donc une nouvelle fois repoussé, mais de quelques semaines seulement, le temps de mettre en place des mesures de sauvegarde dont on s’est aperçu à la dernière minute (!) qu’elles étaient indispensables pour contrôler les importations venues du Brésil ou d’Argentine.

Georgia Meloni est venue in extremis sauver Macron, aux prises avec ses propres déclarations contradictoires sur le MERCOSUR (un jour oui, un jour non, comme à son habitude), et surtout avec une soudaine crise d’épizootie de dermatose bovine traitée de la pire des façons par son gouvernement à coups d’hélicoptères et de blindés…

Le front ukrainien

Restait le front ukrainien. Depuis des semaines, les Européens cherchaient à s’imposer dans une négociation qui leur échappe totalement entre Trump et Poutine, multipliant les sommets et autres rencontres en visio avec Zelinsky. Consternés, les Européens ont compris depuis le sommet Trump-Poutine du 15 août dernier que Trump n’était plus leur allié dans cette affaire, mais un médiateur, plutôt favorable aux intérêts russes : pas d’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN, abandon par Kiev de la totalité du Donbass, exclusion de toute présence militaire occidentale sur le territoire ukrainien après la guerre.

Pour empêcher un tel « deal », les Européens, faute de « plan B », devaient a minima aider financièrement l’Ukraine à tenir, au moins pendant les deux prochaines années, à raison d’au moins 70 milliards d’euros par an, l’Amérique, quant à elle, ayant cessé tout financement depuis janvier dernier. L’Europe étant désargentée et sa croissance voisine de zéro, y compris en Allemagne, l’idée s’est imposée d’aller se servir dans les fonds souverains russes (210 milliards d’euros) déposés en majorité auprès d’Euroclear en Belgique.

Une action parfaitement illégale en droit international, immédiatement dénoncée comme un « vol » par Poutine, et qui aurait engagé la responsabilité d’Euroclear et de la Belgique. Malgré toutes les pressions du chancelier Mertz, de Zelinsky auprès du Premier ministre belge Bart de Wever, malgré moult réunions d’experts, la solution finalement retenue est celle de l’emprunt collectif, type Covid, à hauteur de 90 milliards d’euros, qui alourdira un peu plus la dette des États membres (près de 3 500 milliards en France !).

Ce prêt sera théoriquement remboursé par l’Ukraine après-guerre, dans le cadre d’éventuelles réparations russes… L’Allemagne n’en voulait pas, mais a dû s’y résigner vers 3 heures du matin ce 19 décembre. Tout comme les Hongrois, Tchèques et autres Slovaques, qui ont finalement renoncé à bloquer l’emprunt, en obtenant de ne pas en être ni parties, ni comptables.

Pendant ce temps, la guerre en Ukraine continue… Trump a imposé un blocus total, aérien et maritime, contre le Venezuela, ouvrant la voie à la Chine qui rêve d’en faire de même à Taïwan. Taïwan, à qui Trump vient de décider de livrer pour 11 milliards de dollars d’armements.

Bref, le monde des Empires tourne, mais sans nous…

Pierre Lellouche
19/12/25

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
La Chine avance inlassablement et a su profiter de la constellation géopolitique et de la situation idéologique en général, et du conflit ukrainien en particulier, jusque-là.<br /> Mais, l’Administration Trump veut stopper la Chine dans son élan.<br /> Le vent s’est mis à tourner. Les temps changent à bien des égards.<br /> Le Venezuela pourrait bien être le premier d’une nouvelle série d’événements qui risquent de nous surprendre…même les Cubains ont du se coucher hier soir avec une petite lueur d’espoir…et d’autres doivent peut-être serrer les fesses (surtout quand ils cherchent à développer des bombes nucléaires).<br /> Les Américains veulent – entre autres- une « PAX AMERICANA » et ils veulent commercer avec, même aider, les pays qui chérissent leurs valeurs telles que définies par le « Corollaire Trump » de la doctrine Monroe.<br /> Nos dirigeants européens va-t-en-guerre, progressistes, post-nationalistes rament donc toujours et encore à contre-courant.<br /> Ils sont prêts à s’endetter pour prolonger pendant deux ans de plus une guerre – inutile, néfaste et qui nous coûte déjà très cher- en Ukraine qui aurait pu et qui aurait dû être évitée - comme vous le dites - et qui serait peut-être déjà terminée s’ils n’avaient pas torpillé les négociations de paix…<br /> En plus, l’endettement mène automatiquement à une situation de dépendance. La souveraineté du ou des pays diminue quand s’est comme ça. Ce n’est guère souhaitable.<br /> (Nos dirigeants ont fort heureusement écarté la « solution » de la confiscation des avoirs russes, pour l’instant.)<br /> Et Zelensky, qui veut préserver la souveraineté ukrainienne aurait dû prendre une décision souveraine en avril 2022 et signer les accords de paix au lieu d’écouter Boris Johnson à l’époque…<br /> Les « petits cochons » n’ont toujours pas compris d’où vient la force d’un pays ou d’un continent (notamment de sa cohésion nationale, de son succès économique et même de son rayonnement culturel, par exemple) et ils n’ont toujours pas su définir les « loups », les dits « dangers existentiels» qui menacent réellement notre Vieux Continent…l’Administration Trump voudrait que la « maison Europe » ne soit pas poreuse, en paille ou en bois,mais qu’elle soit, au contraire, faite de briques pour pouvoir se défendre face à toute adversité.<br /> Les Américains souhaitent, en gros, que l’Europe se prenne en main. Ils disent vouloir « s’opposer à des restrictions anti-démocratiques menées par des élites contre les libertés fondamentales en Europe, dans l’anglo-sphère et dans le reste du monde démocratique » tout en respectant ceux dont la culture est différente. Dans ce contexte, ils souhaitent donc « promouvoir une Europe forte », libre et sécure, et restaurer la puissance du monde occidental. Tout cela parce qu’ils estiment que c’est dans leur propre intérêt (et aussi bon pour le commerce)…MAGA…<br /> Et Vladimir Poutine se moque des « petits cochons » qui ne semblent toujours pas comprendre ce qui est en train de se passer...<br /> <br /> Marion Winter, le 04/01/2026<br /> <br /> P.S. Quant à nos agriculteurs français en détresse, pourquoi n’avons-nous pas essayé de négocier au moins une « exception agriculturelle » ? Naguère nous avions réussi à obtenir une « exception culturelle »…au moins cela…
Répondre