Les Chantiers de la Liberté

Idées et analyses sur les dynamiques politiques et diplomatiques.

L’Algérie ou l’art de la prise d’otages

L’Algérie ou l’art de la prise d’otages

Il y a ceux, comme le Hamas, qui pratiquent la prise d’otages comme un troc, exactement comme au bazar. On échange les vivants, on échange les morts, même onze ans après, comme on vient de le voir après le retour en Israël de la dépouille d’un soldat israélien tué en 2014. Il y a ceux qui troquent deux vrais universitaires contre une vraie espionne, comme à Téhéran. Il y a ceux qui exigent rançon, comme au Sahel, et, bons clients, nous payons à chaque fois.

Et puis il y a nos « amis algériens », passés maîtres en la matière, parce que leur ADN politique, depuis l’indépendance, est de faire payer la France, de l’humilier chaque fois que l’occasion se présente, en profitant de notre faiblesse, en exploitant nos divisions que le régime d’Alger connaît intimement. Nous, Français, nous sommes la rente du régime algérien, l’explication toute trouvée de l’immense ratage politique et économique de l’indépendance algérienne, un pays magnifique et richissime trahi, pillé par une véritable association de malfaiteurs installée au pouvoir par un régime de terreur. Ce régime a réussi à éradiquer toute forme de contestation politique, organisée ou non. L’unique danger provient de la religion et d’une contestation islamiste toujours vivace.

Dès lors, il est hors de question de tolérer la moindre critique, des milieux intellectuels notamment. Ceux-là sont censés s’extasier des « bons résultats » obtenus par le président Tebboune. Quant aux exilés qui osent continuer à critiquer la mère patrie, ils doivent savoir que ce sont des « traîtres » et qu’ils seront traités comme tels s’ils osent rentrer au bled. Tel est le premier message du kidnapping de Boualem Sansal : la double nationalité, surtout française, ne vous protègera pas. Croyez-moi ou non, cette thèse est partagée par bon nombre d’Algériens installés en France, qui s’interdisent de critiquer leur pays d’origine et qui trouvent même que « les choses vont mieux grâce à Tebboune »… tandis que, ajoutent-ils, la France va de plus en plus mal. À se demander pourquoi ils s’acharnent à rester…

Le deuxième message est pour la France. N’essayez pas de résister, de tenter le rapport de force : vous avez perdu d’avance. Vous avez besoin de l’aide de nos services, aussi bien au Sahel que pour assurer la sécurité sur votre propre sol. Sans compter — et ceci fait partie du non-dit — que vos banlieues pourraient se réveiller à tout moment et descendre sur vos centres-villes comme en juin 2023.

Voulez-vous vraiment d’une intifada à la française, voire, mieux encore, d’une guerre d’Algérie à l’envers ? Conseil d’ami : continuez à vous incliner devant nos moudjahidines de la guerre d’indépendance, comme votre président a su le faire en 2017, juste avant son élection, comme il l’a fait à nouveau ce 31 octobre pour honorer le début de notre guerre d’indépendance où vous avez été battus. Et, au passage, débarrassez-vous d’un Vendéen qui n’a rien compris à l’Algérie. Préférez plutôt un préfet dont la famille, venue d’Andalousie, avait fait souche à Oran avant l’indépendance. Lui, au moins, connaît l’Algérie et attend avec impatience d’y retourner et de renouer le dialogue.

Le troisième message est de transformer la libération de Sansal en une humiliation supplémentaire pour la France, puisque ce dénouement heureux s’est fait grâce — et en direction — de l’Allemagne et de son président, Frank-Walter Steinmeier, qui fut précédemment par deux fois ministre des affaires étrangères d’Angela Merkel, et bon connaisseur de l’Algérie et de son président. Quand le président allemand se félicite de ses « relations personnelles de longue date avec le président Tebboune et des bonnes relations entre les deux pays », la Macronie doit pédaler à l’envers pour maquiller une humiliation massive en succès pour la diplomatie française, le « fruit », a osé dire Macron, « des efforts constants de la France et d’une méthode faite de respect, de calme et d’exigence » !

Seuls quelques gogos seront convaincus.

La vérité est que la génuflexion permanente, la repentance érigée en doctrine nationale, le touillage des mémoires soi-disant « croisées » ne peuvent conduire qu’à l’affichage de la faiblesse de notre pays, un pays que plus personne ne respecte. Un pays que l’on peut violenter chaque jour sans risque. Dans un moment (rare) de lucidité, Macron avait proclamé (à l’intention des Russes) que, pour être respecté, il fallait être « craint ». Voilà huit ans que Macron fait l’inverse à l’égard d’Alger.

Avouant nos prétendus « crimes contre l’humanité », tolérant que des dizaines de milliers d’Algériens sans papiers soient maintenus sur notre sol, laissant prospérer des narco-mafias siglées « DZ mafia », maintenant en vigueur un accord de 1968 qui accorde des privilèges exorbitants aux migrants algériens, Macron n’a toujours pas compris que la faiblesse et l’odeur de la peur appellent toujours plus d’humiliation et de sang.

Pierre Lellouche
13 novembre 2025

 

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M
Je me permets d’ajouter trois points :<br /> • L’Italie et l’Allemagne ont récemment fait des « deals » avec l’Algérie. Tout cela sans auto-flagellation ou soumission apparente de leur part…<br /> • Depuis la nuit des temps, des régimes faibles ou incompétents et souvent corrompus, des régimes qui s’accrochent au pouvoir quoi qu’il en coûte, des régimes dictatoriaux, totalitaires, ont cherché à inventer des menaces, des ennemis, des ogres, hors de leurs frontières et/ou ont créé des jalousies internes et des boucs émissaires…pour fédérer autour du pouvoir tout en stigmatisant certains, pour faire diversion, pour masquer les failles, pour mieux gouverner par la peur, et sans voir ou sans vouloir voir, les vrais dangers ou les souffrances réelles de leurs populations…<br /> • Le déclin du courage peut être rédhibitoire…<br /> Ensuite, permettez-moi de vous dire ceci, Monsieur le Ministre. Parlez encore. Ecrivez encore. Alertez encore, sur les inepties françaises, sur les dangers réels qui nous menacent, sur les multiples facettes de la folie qui s’est emparée du monde.<br /> La France a besoin d’esprits éclairés…<br /> Merci à vous.<br /> <br /> Marion Winter, le 03/12/2025
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