Les Chantiers de la Liberté

Comment vendre une mauvaise paix ?

Comment vendre une mauvaise paix ?

Alors que l’on annonçait dimanche dernier la signature imminente d’un « mémorandum » de paix entre les États-Unis et l’Iran, les communiqués de victoire étaient déjà proclamés à Téhéran. Ainsi, le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères, Esmael Baghaei, postait l’image d’un bas-relief d’un site archéologique persan où l’on voit un Empereur Romain s’incliner en guise de soumission, devant son vainqueur, un Roi Sassanide. Avec ce commentaire : « Dans l’esprit des Romains, Rome était assurément le centre du monde. Les Iraniens ont fracassé cette illusion ».

Tel qu’il a « fuité » de différents côtés, y compris de la part de responsables américains cités par le New York Times, le mémorandum négocié entre les États-Unis et l’Iran le week-end dernier signerait, s’il était effectivement paraphé, ce qu’il faudra bien appeler une défaite stratégique majeure pour l’Amérique, et accessoirement pour ses alliés dans la région : Israël et les monarchies arabes du Golfe, à commencer par les Émirats. Et cette défaite serait lourde de conséquences sur l’équilibre régional et au-delà, sur les rapports de forces dans le monde. Car aucun des objectifs stratégiques énoncés par les États-Unis et leur allié israélien n’auront été atteints : le régime des Mollahs n’a pas été renversé, son programme nucléaire, même dégradé, est toujours en place, ainsi que son énorme arsenal de missiles et ses liens avec les milices chiites en Irak et au Liban.

Face aux critiques immédiatement émises à Washington, y compris parmi les élus Républicains, Trump a tenté de calmer le jeu dans un long message publié dimanche à 10 h 10 sur son réseau social « Truth Social » : « Les négociations se poursuivent de façon ordonnée et constructive. Et j’ai demandé à mes représentants de ne pas se précipiter dans un accord, le temps est de notre côté. Le blocus reste en place jusqu’à ce qu’un accord soit obtenu certifié et signé. Les deux parties doivent prendre leur temps, il ne peut pas y avoir d’erreur ! ».

Malgré la confusion ambiante, certaines leçons apparaissent déjà.

La première, bien connue se trouve une nouvelle fois confirmée : on n’obtient pas de changement de régime uniquement par des frappes aériennes. Malgré 13 000 frappes contre ses installations stratégiques, malgré la décapitation de son régime, la République islamique est toujours en place, en vérité plus forte que jamais, puisque confortée par le recul embarrassé qu’elle a su imposer à la première puissance militaire du monde.

La deuxième leçon, elle aussi maintes fois vérifiée, du Vietnam à l’Algérie en passant par l’Irak ou l’Afghanistan, est que la supériorité militaire n’empêche nullement la défaite stratégique ; elle peut même y conduire, si la partie la moins forte sait jouer de ses avantages asymétriques. C’est le cas ici.

D’entrée de jeu, les dirigeants iraniens ont su répondre aux bombardements américano-israéliens en bloquant le détroit d’Ormuz et, par une escalade horizontale délibérée, en ciblant davantage qu’Israël les principales installations de production d’hydrocarbures chez leurs voisins arabes. Téhéran déclenchait ainsi une crise énergétique littéralement planétaire en privant l’économie mondiale du quart de ses besoins énergétiques.

Si bien qu’après six semaines de trêve, la guerre d’Iran a cessé d’être une affaire militaire pour s’imposer comme une arme de destruction massive contre l’économie mondiale dans son ensemble. L’imposition du double blocus sur le détroit d’Ormuz, iranien dès le 28 février, puis américain à partir du 13 avril, devenait chaque jour plus insupportable, d’autant que la première phase, celle de la consommation des stocks préexistants depuis près de trois mois, tirait à sa fin.

De l’avis de l’Agence internationale de l’énergie ou des dirigeants de l’industrie pétrolière, le spectre de la pénurie, donc du rationnement, se rapprochait dangereusement, aggravé par la destruction d’au moins huit installations pétrolières majeures dans la région et du complexe gazier géant de Laffran au Qatar.

C’est dans ce contexte d’urgence absolue, doublé aux États-Unis mêmes par la chute vertigineuse de Trump dans les sondages (76 % d’opinions négatives), que les négociations pour mettre fin à la guerre d’Iran ont redoublé d’intensité dans ces derniers jours. Le Pakistan, appuyé par le Qatar, l’Arabie, la Turquie et l’Égypte, travaillant à un mémorandum visant à scinder les deux points de divergence principaux : la réouverture du détroit d’Ormuz d’abord, le nucléaire ensuite.

La première devrait se faire immédiatement mais progressivement, sans que la question du statut du détroit ne soit véritablement tranchée, puisque les Iraniens persistent à maintenir leurs prétentions quant à leur « souveraineté » sur le détroit, voire même sur les câbles essentiels posés sur le fond et qui alimentent tous les États de la région.

Quant au nucléaire, les Iraniens, fidèles à leur stratégie, ont réussi à gagner du temps : le nucléaire fera l’objet de négociations « techniques » dans les 30 ou 60 jours à venir. Or les Iraniens ne céderont pas sur leur « droit » d’enrichir l’uranium, et plusieurs dossiers clés restent en suspens : le sort des 450 kg d’uranium militaire, enfouis quelque part en Iran, celui des installations de Natanz, Fordow et Isphahan, ainsi que la durée de la suspension du programme iranien.

Quant aux missiles balistiques et aux milices iraniennes, il n’en est guère fait mention. En somme retour au « très mauvais accord » de 2015, dit JCPOA, signé par Obama, et que Trump avait dénoncé en 2018.

Tout ça pour ça ?

Pierre Lellouche
22/5/26

 

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M
Tout ça pour ça. Vous avez raison…c’est effectivement malheureux et exaspérant.<br /> Que faire alors ?<br /> Les objectifs à atteindre restent les mêmes…<br /> Il faudrait quand même<br /> - Détruire le programme nucléaire iranien entièrement et retrouver les 450 kg d’uranium enrichi<br /> - Réduire à néant le programme balistique iranien<br /> - Mettre hors d’état de nuire les proxys iraniens<br /> - Rendre libre le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz<br /> - Et, bien entendu, mettre fin à l’oppression de la population iranienne.<br /> <br /> Dans le contexte actuel, il convient aussi d’évoquer deux choses :<br /> Actuellement, le prix du carburant dans nos stations-service se compose ainsi (selon les données affichées dans certaines de nos enseignes) :<br /> 0.4 % MARGE NETTE DISTRIBUTEUR<br /> 0.6 % FRAIS D’EXPLOITATION DE LA STATION-SERVICE<br /> 4.3 % COÛTS DE STOCKAGE ET D’ACHEMINEMENT<br /> 42 % PRIX DU CARBURANT (COTATION ROTTERDAM)<br /> 52.7 % TAXES D’ETAT ET CONTRIBUTION OBLIGATOIRE (TICPE, TVA, CEE)<br /> (Décomposition du prix pour 1 L de gazole)<br /> La structure des prix des carburants en France n’est pas une invention américaine ou dû aux interventions militaires américano-israéliennes au Proche et Moyen Orient.<br /> La France est le pays le plus taxé au monde, ce qui empêche son économie déjà asphyxiée (aussi pour d’autres raisons bien connues) de fonctionner normalement. La dette française est abyssale. Sa politique migratoire est catastrophique. Sa politique sécuritaire aussi. Même quand un match de foot se joue à l’étranger, on peut s’attendre à des émeutes en France ensuite…<br /> Le gouvernement navigue à vue et rajoute une mauvaise décision à la suivante.<br /> Le détroit d’Ormuz n’est pas fermé depuis 2017. Il n’était pas fermé quand Emmanuel Macron était ministre de l’économie de monsieur Hollande…<br /> Bien qu’il serait évidemment nécessaire de le débloquer, comme vous le dites, le détroit d’Ormuz n’a pas provoqué tous les maux de la planète ou de la France, comme certains souhaiteraient le faire croire…<br /> Le fiasco est plutôt fait maison…<br /> (Il est utile aussi de noter que c’est la Chine qui achète 90 % du pétrole iranien sous sanctions…)<br /> <br /> Faut-il négocier avec le régime iranien pour trouver une issu à la crise ? Bien sûr.<br /> Mais, encore une fois, il ne faut surtout pas tomber dans le piège de la procrastination diplomatique iranienne savamment appliqué par le passé…<br /> Tous les objectifs peuvent-ils être atteints par la négociation ? Pas sûr…<br /> Y a-t-il eu une erreur de calcul au niveau de l’Administration Trump ? Bien sûr. Elle a notamment totalement sous-estimé les divisions au sein du monde occidental et ne s’attendait pas à son refus de soutien - catégorique - quant aux efforts - pourtant très louables- américano-israéliens. Le pouvoir de chantage supplémentaire résultant de cette attitude occidentale aura été un cadeau inespéré fait au régime tyrannique iranien qui joue sa survie sans le moindre scrupule.<br /> D’aucuns disent même que les Européens n’ont pas été informés de l’intervention américano-israélienne parce qu’il aurait pu y avoir des fuites…on en est là…<br /> Mais, que faire alors…<br /> Il faudrait quand même mettre le régime actuel iranien hors d’état de nuire et atteindre tous les objectifs fixés pour les raisons précédemment évoquées. Pourra-t-on arriver à ce résultat par la voie de la diplomatie ? Pas sûr…Alors il faudrait agir, intervenir, finir le boulot…Mais, nos dirigeants, peu enclins à sauver le monde occidental, à le préserver de sa décrédibilisation et de son déclin progressif, préfèrent faire l’autruche.<br /> Puis, ce serait bien aussi, si, entre temps, on parvenait à trouver un terrain d’entente avec la Russie que notre stratégie continue à pousser dans les bras de nos ennemis. Le temps presse. Mais, il est difficile d’y voir clair quand on est envahi par tout un tas d’arrière-pensées et quand on a mis la tête dans le sable…<br /> <br /> Marion Winter, le 05/06/2026
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D
Un certain Joe Kent membre des "organes", oserai je dire, a démissionné au début de la guerre non sans avoir alerté Trump, avec ses équipes, du danger de cette guerre "préventive". Pas écouté. La Maison Blanche lui aurait préféré Mrs Jared Kucher (?) et S. Witkoff décrits en off par certains comme "des amateurs". L'évolution des évènements renforce ces craintes. Mais après tout, une pénurie d'énergies permettrait un "joyeux reconfinement" , non? Qui ne déplairait pas aux déclinistes et autres écologistes à la bonne conscience planétaire? ou à certains intérêts financiers?? Plausible, selon vous? Bien respectueusement.
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