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Sommet Xi-Trump : des roses et un avertissement

Sommet Xi-Trump : des roses et un avertissement

Jeudi dernier, lors de leur promenade au jardin de Zhongnanhai, magnifique vestige de la Chine impériale aujourd’hui réservé aux hiérarques du Parti communiste chinois, le président Trump s’est dit émerveillé par la beauté des roses qu’il découvrait devant lui. « J’ai décidé d’envoyer les plants de ces roses au Président, en cadeau », réagit Xi, par l’intermédiaire de l’interprète. « J’adore, c’est super ! », répondit Trump, ravi.

Ces roses resteront le seul présent accordé par le régime chinois à l’occasion de cette visite. Le reste est affaire de rapport de forces sans fioritures — et ce rapport de forces n’a plus rien à voir avec la première visite américaine : celle de Nixon à la Chine de Mao, en 1972.

Un demi-siècle plus tard, si chacun a bien compris que la relation entre les deux superpuissances déterminera le cours du XXIᵉ siècle, Xi démontre que cette relation se joue désormais à parité. Une parité dans tous les domaines : économique, technologique, militaire, qui permet à Pékin d’affirmer, voire d’imposer ses volontés, face à une Amérique qui, selon l’expression de Trump, « n’a pas, n’a plus les cartes ».

Ainsi, en matière commerciale, au lendemain de son retour à la Maison-Blanche, Trump avait cru pouvoir annoncer — triomphalement — 100 % de droits de douane en guise de punition contre ces « voleurs de Chinois ». Réponse immédiate de Pékin : un embargo total sur les terres rares (contrôlées à 90 % par la Chine), indispensables à l’industrie américaine, de l’automobile à l’aéronautique et à la tech. Résultat : à Pusan, en octobre 2025, les 100 % tombaient à 30 %, et les exportations chinoises vers les États-Unis se poursuivent de plus belle.

Sur ce plan, Trump, qui avait pris soin d’arriver accompagné de tous les poids lourds de Wall Street et du Nasdaq — d’Elon Musk à Tim Cook (Apple), en passant par les patrons de Boeing, de Nvidia ou de Goldman Sachs —, et qui a multiplié également les flatteries à l’intention de son hôte (aux antipodes du langage employé à l’égard des Européens !), n’aura rapporté de Pékin qu’une commande non confirmée de 200 avions (il en espérait le double), et rien d’autre : ni pour ses agriculteurs MAGA du Midwest, qui attendaient des commandes massives de bœuf, de soja ou de blé, ni pour l’industrie de la tech, pourtant prête à offrir ses processeurs les plus modernes, comme le H200 de Nvidia.

De même, en matière stratégique.

Depuis la guerre d’Ukraine, une alliance « sans limite » unit la Chine et la Russie, auxquelles se sont jointes la Corée du Nord et l’Iran. Or la Chine prélevait 90 % du pétrole iranien avant le blocus (au mépris, d’ailleurs, des sanctions américaines) et se paie même le luxe, depuis, d’aider les Iraniens à cibler des objectifs militaires américains dans la région. Trump espérait l’aide de Pékin pour sortir de la nasse où il s’est mis lui-même. Tout au plus aura-t-il obtenu de Xi le souhait de voir « la réouverture du détroit d’Ormuz » : en clair, la levée des deux blocus, l’américain et l’iranien… et rien sur le nucléaire iranien ou sur l’arsenal de missiles des Pasdarans…

En revanche, les Chinois ont imposé leurs conditions sur LE sujet qui mobilisait Xi : Taïwan. En des termes qui rappellent ceux de Poutine sur l’Ukraine, Xi rappelle que « les deux rives du détroit de Taïwan appartiennent à la nation chinoise »… et que « Taïwan et le continent sont inséparables, les deux peuples partagent le même sang ». Xi s’est même permis de donner à Trump une leçon de stratégie, en reprenant l’analyse de mon vieux maître de Harvard, Graham Allison, sur le « piège de Thucydide », évoquant les risques d’affrontement entre la puissance montante et la puissance déclinante, sur le modèle d’Athènes et de Sparte.

Conciliant, Xi a bien voulu considérer que « le grand rajeunissement de la nation chinoise et la réalisation de l’Amérique “Great Again” peuvent cheminer de concert ». En revanche, a-t-il ajouté, si « la question de Taïwan est mal gérée, les deux pays iront à la collision, mettant la totalité des relations américano-chinoises dans une situation très dangereuse ».

Les Chinois attendent donc de Trump qu’il déclare son opposition à toute velléité d’indépendance de Taïwan (un pas que Washington a toujours refusé de franchir jusqu’ici) et que, tout au moins, il annule les ventes d’armes prévues pour Taipei (14 milliards de dollars prévus, mais gelés avant le sommet), en plus des 11 milliards d’armements déjà livrés l’an dernier. Or le Congrès n’est pas sur cette ligne, le Taiwan Relations Act de 1979 prévoyant que « les États-Unis doivent avoir la capacité de contrer toute forme de coercition contre la société et le système économique et social du peuple de Taïwan ». Suite au prochain sommet, à Washington, en septembre…

Pierre Lellouche
15 mai 2026

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