17 Juillet 2026
Même les plus atlantistes parmi les Européens n’y croient plus. Cette fois, l’Alliance atlantique est au bord du divorce, et rien ni personne ne réussira à convaincre Donald Trump du contraire. Certainement pas cette semaine, à Ankara, où se tient le sommet annuel de l’OTAN.
Il y a tout juste un an, lors du précédent sommet à La Haye, les Européens, tétanisés par le retour de Trump à la Maison-Blanche, étaient pourtant prêts à tout accepter pour sauver l’Alliance — y compris en prenant l’engagement solennel d’augmenter leurs dépenses militaires jusqu’à 5 % du PIB (!), un objectif parfaitement inatteignable, mais fixé par le président américain tout juste réélu pour un second mandat.
Pour faire bonne mesure, quelques semaines plus tard, dans un club de golf écossais appartenant au magnat-président, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, acceptait, toute honte bue et avec un large sourire, la multiplication par cinq des droits de douane américains sur les produits européens, avec, en prime, l’engagement de l’Union d’investir 600 milliards de dollars de l’autre côté de l’Atlantique et d’acheter pour 700 autres milliards de GNL made in USA.
Mais rien de tout cela n’a suffi, au cours de ce qui restera comme une « annus horribilis » pour les relations transatlantiques. Il y eut d’abord les velléités de Trump d’annexer le Canada, pays membre de l’OTAN, comme 51ᵉ État américain. Puis l’annonce de sa volonté de « prendre » le Groenland, territoire lui aussi membre, par l’intermédiaire du Danemark, de l’OTAN et de l’UE, contraignant les Européens à envoyer sur place deux douzaines de soldats, histoire de dissuader l’US Army ! (En vain, puisque, en mai dernier, un émissaire de Trump envoyé à Nuuk confirmait l’intention de la Maison-Blanche.)
Il y eut aussi les flatteries et les génuflexions à répétition, jusqu’à celles du secrétaire général de l’OTAN, l’ancien Premier ministre néerlandais Mark Rutte, qui appelait Trump « Papa » et apportait dans le Bureau ovale, le mois dernier, en vue de la préparation du sommet d’Ankara, une série de tableaux géants montrant combien les Européens avaient effectivement respecté leurs engagements budgétaires… « Le trillion de Trump », annonça-t-il fièrement, devant un Trump parfaitement indifférent.
Indifférent et en colère. Car, depuis le 28 février, Trump a engagé son pays dans une aventure iranienne déjà perdue, mais dans laquelle lui, Trump, considère qu’il a été trahi par ses alliés (qu’il avait pourtant oublié de prévenir), ces derniers lui ayant refusé l’ouverture de leurs bases aériennes.
L’heure est donc, sinon au divorce, du moins à la séparation de corps : l’on commence à partager les petites cuillers. D’ores et déjà, l’Amérique annonce qu’elle retirera 5 000 soldats d’Allemagne (le plus « mauvais allié » selon Trump), le tiers de ses chasseurs F-15 et F-16, la moitié de ses bombardiers stratégiques et de ses ravitailleurs, sans oublier la réaffectation d’un porte-avions et d’un sous-marin nucléaire…
Idem pour les grands commandements de l’Organisation : Norfolk pour l’Atlantique Nord, Brunssum, aux Pays-Bas, pour le front central, Naples pour le flanc sud. Ces trois commandements régionaux, pilotés depuis 1949 par des officiers généraux américains, seront transférés à des Européens.
Car le temps n’est plus au « partage du fardeau », mais à son « transfert ». Sauf que cette transition vers « l’OTAN 3.0 », comme on le dit au Pentagone, n’est nullement préparée : elle est d’abord commandée par l’humeur erratique du président, non par rapport à la menace, mais en fonction des bons ou mauvais alliés qu’il faut ménager ou punir…
Sans stratégie commune sur l’Ukraine ni sur la Russie, et encore moins sur le Golfe et le Proche-Orient, l’Alliance n’a plus de pilote ni de gouvernail. Les Européens doivent repenser leur défense dans un brouillard total, y compris quant aux moyens cruciaux de renseignement spatial, de défense antimissile et… de dissuasion nucléaire, que les Américains voudront ou non laisser sur le Vieux Continent…
Pierre Lellouche
2 juillet 2026