30 Septembre 2026
UKRAINE : LE POISON DE LA CORRUPTION MILITAIRE
Omerta. Tout le monde sait que la corruption en Ukraine est systémique depuis l’indépendance du pays en 1991. Tout le monde sait que le poison de la corruption s’est infiltré dans les énormes contrats d’armements passés par Kiev à la suite de l’invasion russe de février 2022. Tout le monde sait que l’entourage direct du président Zelensky est compromis, forçant la démission d’Andrii Yermak, le plus proche collaborateur du président et chef de l’administration présidentielle, jusqu’à la démission la semaine dernière de Iryna Moudra, la directrice adjointe de son cabinet, accusée d’avoir blanchi 3 millions d’euros. Un autre de ses plus proches collaborateurs a été identifié par des interceptions téléphoniques comme intermédiaire pour la vente de gilets pare-balles défectueux… Plusieurs autres sont en fuite… Tout le monde sait que le renvoi par Zelensky du très populaire ministre de la défense, Mykhailo Fedorov, n’était nullement dû à des divergences avec le chef d’état-major, comme fut allégué par Zelensky lui-même, mais à la volonté du jeune ministre de mettre fin à la corruption au sein de son ministère. Mais tout le monde sait aussi que les Occidentaux tiennent l’Ukraine à bout de bras à coups de centaines de milliards de dollars déversés sur le pays depuis 2022 : 115 milliards pour les États-Unis sous Biden (dont Trump exige aujourd’hui le remboursement) et près de 310 milliards pour les Européens, la moitié de ces sommes étant destinée à l’achat d’armements. Et qu’il est donc indispensable de ne rien dire sur cette corruption endémique, sauf à fragiliser l’aide en question et donc, indirectement, faire le jeu de Poutine… Donc, on sait, mais on se tait…
Pour la première fois pourtant, le voile commence à être levé, grâce aux 700 pages de documents communiqués au New York Times par des lanceurs d’alerte à Kiev. Et les révélations sont proprement consternantes. On découvre par exemple que la très grande majorité des contrats d’acquisition des armements sont passés, non à des fournisseurs, mais à des intermédiaires qui prélèvent au passage en moyenne 3 % de commission. Pour la seule année 2024, le montant des commissions et autres fraudes s’élève à 1,2 milliard de dollars… Que des firmes poursuivies, voire condamnées pour ces fraudes, continuent de bénéficier de nouveaux marchés de la part de l’Agence d’acquisition du ministère de la défense, dont le directeur, Arsen Zhumadilov, vient curieusement de démissionner lundi dernier, à la veille des révélations du journal américain, suivi par une autre démission, celle du procureur général Ruslan Kravchenko.
Parmi ces révélations, on découvre qu’un certain Leonid Shyman, surnommé à Kiev « le Roi des explosifs », directeur de la société publique « Pavlohad Chemical plant » depuis le début des années 2000, avait délibérément livré aux unités de l’armée ukrainienne au front (!), plusieurs milliers d’obus de mortier défectueux sans détonateur ni poudre. Qu’ayant écopé d’une amende de 68 millions de dollars, sa société a pu néanmoins bénéficier de nouveaux contrats à hauteur de 280 millions pour des obus de 122 mm. Rattrapé par la patrouille, Shyman a été libéré sous caution, tandis que sa femme, elle, détient toujours un compte au Liechtenstein garni de 9 millions d’euros…
Autre marché surprenant, l’achat de roquettes turques fabriquées par la société « Arcan Defence ». Le prix unitaire chez ce fabricant était de 4 200 dollars, mais à Kiev deux intermédiaires proposaient pour le même matériel 4 600 et 5 100 dollars. La cotation la plus élevée a, sans la moindre justification, obtenu le contrat, au bénéfice d’un intermédiaire tchèque, « Czechoslovak Group », dirigé par un certain Michel Strnad, lequel est devenu, grâce à l’Ukraine (40 % de son CA), le premier groupe d’armements du pays, faisant même son entrée cette année à la bourse d’Amsterdam. Idem pour une autre société publique ukrainienne « Spetstechnoexpoert », qui, elle, a transité par la Serbie pour finir chez « Regulus Global », un fournisseur américain, heureux bénéficiaire l’an dernier d’un contrat de 1,7 milliard de dollars…
Conclusion sans appel du New York Times : « Zelensky a échoué à nettoyer le système d’acquisition d’armement et les problèmes ont atteint son entourage le plus proche ».
Avis aux donateurs désargentés…
Pierre Lellouche
9/9/26