Les Chantiers de la Liberté

Les engrenages nucléaires de la guerre d’Ukraine

Les engrenages nucléaires de la guerre d’Ukraine

Délaissant au gouvernement le soin de gérer la grande manifestation des lycéens prévue ce jour-là, Emmanuel Macron s’est rendu mardi dernier, 6 octobre, au large du Finistère, à bord de la frégate multimissions « Auvergne ». Le but de ce déplacement présidentiel, impromptu, dit-on : assister au tir de validation de la dernière version du missile intercontinental M51.3, lancé à partir du sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) « Le Vigilant », l’un des 4 bâtiments de notre force nucléaire stratégique. Commentaire du président : « C’est, pour la France, une formidable démonstration de crédibilité… Aujourd’hui, nous sommes plus forts. » Et d’ajouter : « Je pense que le message a été reçu fort et clair partout où il devait être reçu. »

Ce message s’adressait aux quelque dix États européens intéressés par l’offre de Macron d’étendre la garantie nucléaire française face à la Russie, mais il s’adressait surtout à Poutine.
 

Cinq jours auparavant, lors d’une réunion du Forum de Valdaï, Poutine avait nommément cité les deux puissances nucléaires européennes : « La France et la Grande-Bretagne sont des puissances nucléaires. Nous le comprenons parfaitement et nous en avons conscience. Mais personne ne dispose aujourd’hui des mêmes moyens de destruction que la Russie. » Un peu plus loin, évoquant la situation de l’enclave russe de Kaliningrad, il menaçait : « Si l’on en vient à une attaque directe contre la Russie, en l’occurrence contre Kaliningrad, la question de l’utilisation de tous les types d’armes dont nous disposons sera à l’ordre du jour. » Allusion à la nouvelle doctrine nucléaire russe adoptée en novembre 2024, qui abaisse le seuil d’emploi de l’arme atomique, y compris en cas d’agression conventionnelle, qui entraînerait une menace critique contre l’intégrité territoriale russe ou de son allié biélorusse.

Le risque d’un engrenage nucléaire pèse sur le conflit depuis 5 ans. Du côté russe, la menace d’emploi d’armes nucléaires a été évoquée à de nombreuses reprises par les dirigeants russes.

L’épisode le plus dangereux se produisit en novembre 2022, où l’armée russe, ayant été défaite devant Kiev, se trouvait en difficulté. Depuis, la gesticulation nucléaire du Kremlin a essentiellement servi à empêcher ou à retarder la livraison à l’Ukraine d’armes susceptibles de frapper la profondeur du territoire russe. Ni l’Amérique ni l’Allemagne n’ont livré des missiles à longue portée, à la différence de Paris et Londres, qui ont transféré des missiles de croisière air-sol SCALP/Storm Shadow d’une portée de 300 à 500 km, sans réaction ouverte, du moins, de la part des Russes.

Avec la dronisation de la guerre et les progrès impressionnants réalisés par l’industrie militaire ukrainienne, la Russie subit d’intenses attaques de drones ukrainiens, y compris sur Moscou ou Saint-Pétersbourg. Mais ces armes sont ukrainiennes. Et même si la Russie réplique par la destruction systématique des infrastructures et même des villes ukrainiennes, cette riposte, bien que cruelle, se situe en dessous du seuil nucléaire. Une confirmation du théorème constaté sur d’autres théâtres de guerre : les puissances nucléaires, même confrontées à des situations de combat, évitent de recourir à l’escalade atomique. C’est le cas d’Israël frappé par des centaines de missiles iraniens ou des combats entre l’Inde et le Pakistan, tous deux puissances nucléaires.

Souhaitons que cette jurisprudence continue de s’appliquer en Europe…

Pierre Lellouche
9/10/26

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