Les Chantiers de la Liberté

La Chine ruine l’Europe : « l’erreur de parallaxe historique » de monsieur Lamy

La Chine ruine l’Europe : « l’erreur de parallaxe historique » de monsieur Lamy

Décidément, à l’aube du nouveau millénaire, le monde occidental a joué de malchance à l’automne 2001.

Le 11 septembre, les attentats d’Al-Qaida contre le World Trade Center et le Pentagone allaient entraîner l’Amérique dans une guerre interminable et vaine contre le terrorisme islamique. Malgré le retrait d’Afghanistan vingt ans plus tard, le 11 septembre 2021, et celui d’Irak la semaine dernière (23 ans après !), l’Amérique reste engluée dans une guerre contre l’Iran, dont elle ne sait pas comment s’extirper.

Moins connue, mais encore plus lourde de conséquences, l’entrée de la Chine dans l’OMC (l’Organisation mondiale du commerce) eut lieu à Doha, deux mois jour pour jour après le 11 septembre, le 11 novembre 2001. La signature de l’accord d’accession était vivement souhaitée par les Occidentaux, qui y voyaient la porte d’entrée à l’immense marché chinois et son milliard et demi de consommateurs.

Telle était l’ambition du négociateur américain, Robert Zoellick, et de son homologue européen, Pascal Lamy, alors commissaire européen au Commerce extérieur. Leur idée : intégrer la Chine par le commerce, en faire un contributeur responsable (« responsible stakeholder ») de la communauté internationale, selon la formule de Zoellick. D’autant que tous deux avaient cru obtenir des concessions majeures de la part des Chinois : baisse des droits de douane de 25 à 9 %, ouverture du système financier, protection de la propriété intellectuelle… autant de dispositions que les Chinois ont méthodiquement contournées ou ignorées dès le début, et surtout depuis 2012 avec l’arrivée de Xi Jinping. Non seulement les Chinois n’ont pas joué le jeu, mais ils ont utilisé leurs exportations comme une arme de destruction massive des économies occidentales.

Aux États-Unis, 3 millions d’emplois industriels ont été détruits dans la Rust Belt entre 2001 et 2011, le déficit américain à l’égard de Pékin passant de 83 milliards de dollars en 2001 à 419 milliards en 2018, pour redescendre à 280 milliards en 2025, en raison des droits de douane imposés par Trump.

Mêmes conséquences en Europe, en France et en Italie d’abord, plus récemment en Allemagne, qui a cessé de profiter de ses exportations de véhicules haut de gamme ou de machines-outils. Le déficit commercial de l’UE atteint 360 milliards en 2025, soit 1 milliard par jour ! Quant à la France, les ravages sont dramatiques : 80 % de son déficit commercial est dû à la Chine, contre 25 % il y a quinze ans, lorsque j’étais en charge du commerce extérieur sous Nicolas Sarkozy. Depuis, Zoellick et Lamy (ce dernier dans un entretien dans Le Monde, la semaine dernière) ont en partie admis leur erreur monumentale, Lamy évoquant une obscure « erreur de parallaxe historique »…

En réalité, la Chine a littéralement militarisé ses instruments commerciaux. Elle n’hésite ni à voler les inventions étrangères, ni à obliger les firmes qui travaillent en Chine à transmettre à l’avance la propriété intellectuelle de leurs produits au sein d’entreprises communes obligatoires. Les entreprises chinoises, loin d’avoir été privatisées, sont totalement sous le contrôle de l’État, qui les subventionne massivement. La moindre tentative de résistance de la part des Occidentaux est immédiatement suivie de mesures de rétorsion : sur les terres rares ou les batteries, par exemple. Le 5 octobre (il était temps !), les gouvernements français et allemands ont écrit ensemble à la Commission en suggérant des mesures de rétorsion calquées sur celles de la fameuse section 301 de Washington : hausse immédiate des droits de douane et adoption de sanctions.

Entre-temps, la Chine aura littéralement détruit l’industrie automobile européenne, comme l’industrie des renouvelables qu’elle domine entièrement. On regrettera que ce sujet vital pour le pays soit absent de la campagne présidentielle…

Pierre Lellouche
9/10/26

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