13 Octobre 2026
Fin août, lors de la visite à Paris du prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammad Bin Salman (dit MBS), il n’était question que de coopération civile et surtout de parcs d’attraction à construire en France. 6 milliards d’euros et 22 000 emplois avait-on annoncés (triomphalement, mais un peu vite) du côté de l’Élysée. Et Macron, enthousiaste, de renchérir : « Du jamais vu depuis Disneyland Paris ! »
Fin septembre, changement radical de décor et de discours. Fini Dragon Ball, bienvenue à l’intervention militaire en soutien à l’ami saoudien.
Macron, à la télévision, a annoncé jeudi soir dernier l’envoi « de moyens militaires… Des soldats, des radars, des systèmes de défense pour les protéger ». Et même des avions Rafale, « on verra selon l’évolution et les besoins ». Tout cela « pour protéger, pas pour nous engager dans le conflit », a tenté de rassurer le président. Car « le cœur de notre action », ajoute-t-il, « c’est de faire baisser la tension dans le golfe Persique », ce qui permettra de baisser la tension sur les prix des carburants qui angoissent tant les Français.
Voici donc, à la surprise générale, la France s’impliquer militairement en Arabie, en relais en quelque sorte, voire à la place des Américains, alliés traditionnels du royaume depuis le pacte du Quincy en 1945 : pétrole contre sécurité. Mais des protecteurs qui, avec Trump, ont choisi de rester totalement absents dans cette crise.
Bref retour en arrière.
Saoudiens et Houthis sont en guerre depuis 2015. Des années de bombardements saoudiens (et émiratis) ont échoué à éradiquer le régime houthi, l’entraînant au contraire dans une alliance de plus en plus étroite avec l’Iran, l’ennemi mortel des monarchies pétrolières. En fidèles relais de leurs alliés iraniens, et face au blocus d’Ormuz, les Houthis ont, à la mi-septembre, parachevé l’asphyxie pétrolière et gazière de la région en prenant le contrôle du détroit de Bab el-Mandab, fermant ainsi la route alternative de la mer Rouge. Pire encore : mettant fin à la trêve avec l’Arabie signée en 2022, ils intensifiaient les frappes de missiles contre Riyad, La Mecque et surtout Yanbu, le terminal situé sur la mer Rouge, la seule voie encore ouverte permettant d’évacuer 4 millions de barils saoudiens chaque jour au moyen d’un pipeline de 1 200 km traversant l’Arabie d’est en ouest.
Pris en tenaille entre Houthis et Iraniens, MBS s’est naturellement tourné vers Washington. Or, non seulement Trump a rejeté les suppliques saoudiennes, mais il a autorisé des négociations directes avec les Houthis à Oman. Le deal : neutralité américaine en échange de la liberté de navigation pour les navires américains… En mars dernier, en Floride, Trump, accueillant MBS, l’avait couvert de compliments : « un grand ami. Un gagneur, un guerrier », avant, 20 minutes après, de dire publiquement que MBS n’imaginait pas devoir un jour « lui embrasser le derrière »…
Voilà qui est fait. Trump lui fait payer son refus d’ouvrir ses bases aériennes lors de l’assaut contre l’Iran, mais il veut surtout en finir avec sa guerre du Golfe. Pas question donc d’ouvrir un nouveau front avant les midterms de novembre. Mais la solitude saoudienne ne s’arrête pas là : à peine signé (le 7 août dernier), le pacte de La Mecque avec la Turquie et le Pakistan est là aussi resté lettre morte. Ni Ankara ni Islamabad n’ont levé le petit doigt…
Surgit alors notre nouveau Lawrence d’Arabie. Macron en sauveur du royaume des Saouds… Avec quelles armes et surtout quelle stratégie ? Un temps couvert de gloire, Lawrence avait fini dans l’amertume et l’anonymat…
Pierre Lellouche
25/9/26