7 Octobre 2026
Quelle « séquence », comme disent les communicants de l’Élysée ! Un vrai faux Conseil de guerre en « format Saint-Denis » vendredi 18 septembre avec les chefs de partis et autres candidats à la présidentielle, histoire de leur faire partager la gravité jupitérienne du moment ; puis, le lendemain, samedi 19 septembre, après un saut de l’autre côté de l’Atlantique, pied de nez à Trump avec la proclamation quasi gaullienne de la souveraineté française sur Saint-Pierre-et-Miquelon, appuyée par le Premier ministre canadien, Mark Carney, venu tout exprès d’Ottawa ; puis, le lundi 21, à New York, rendez-vous avec Trump, chez lui, dans les appartements du magnat dans la Trump Tower, pour lui expliquer comment gagner les guerres d’Ukraine et d’Iran ; puis, le lendemain, 22 septembre, discours enflammé devant l’Assemblée générale des Nations unies contre le retour des Empires et de « l’état de jungle » ; avant de retourner à Paris pour s’adresser aux Français sur TF1 et France 2 le jeudi 24, et d’accueillir le pape Léon le lendemain… Ouf !
C’est ce rythme effréné au sommet du monde qu’adore Macron. La scène mondiale est la seule vraiment digne de lui. L’acteur qu’il est depuis son adolescence peut y déployer son talent et, pense-t-il, toute sa séduction. Il s’enivre des sommets des Grands dont, croit-il, il fait pleinement partie, à égalité avec Trump, Xi ou Poutine. Macron a besoin de ces images où, en majesté, il déguste ses propres discours, tout à la magie du verbe où il excelle.
Mais ces rendez-vous obligés (G7, G20, OTAN, UE…) ne lui suffisent pas. Sa vraie fierté, ce sont ces sommets qu’il invente, empile et promeut auprès de ses pairs sur à peu près tous les sujets du moment : du climat, avec le One Planet Summit, à la finance, avec le Sommet pour un nouveau pacte financier mondial, du Sommet international sur l’espace à celui pour l’avenir du cinéma, de l’appel de Christchurch contre les contenus terroristes extrémistes en ligne à de multiples sommets sur l’Afrique (Africa forward), le Moyen-Orient avec la Conférence internationale sur la solution à deux États… sans oublier le Liban, la coalition des Volontaires pour l’Ukraine, la coalition intégrée contre les missiles balistiques, la Communauté politique européenne, à la relance mort-née de la coalition anti-Daech après le pogrom du 7 octobre.
Qu’importe si les résultats sont le plus souvent modestes, voire inexistants. L’important, c’est l’impact médiatique immédiat : donner l’impression de faire. Du coup, la diplomatie hôtelière est à son zénith chez nous, avec l’emploi sans limites de nos plus beaux monuments nationaux…
Ironiquement, la dissolution ratée et la défaite électorale de 2024 lui ont rendu un fier service : celui de ne plus avoir à s’occuper de l’intendance, c’est-à-dire des Français. À Bayrou, Barnier et au fidèle Lecornu de gérer le cambouis, les déficits, les impôts, les méga-incendies, l’explosion des prix de l’essence ou le budget qu’il faut quand même essayer de présenter et surtout de faire voter cet automne. Lui voyage : 347 voyages à l’étranger et 101 pays visités depuis 2017, 112 rien qu’en 2023 et 32 pays visités en 2025 !
Macron préside un pays en faillite, politiquement bloqué, étouffé par ses dettes, qui n’a plus aucune croissance sauf en matière de chômage. Mais qu’importe : Macron, lui, fait la leçon au monde entier, comme si, à Washington, à Pékin, à Moscou, à Berlin ou à Bamako, on ignorait à quel point le poids de la France a décliné depuis 10 ans…
Mais justement, devant l’ONU, Macron, dans son discours-testament, entreprend de reconstruire le monde, contre les Empires et grâce à une future coalition (une autre) des puissances moyennes, une idée à la mode depuis le discours du Canadien Carney à Davos en février dernier. Fustigeant « l’esprit de défaite », il ambitionne, à la tribune des Nations unies, de rebâtir une « société internationale civilisée », de renouveler les institutions internationales menacées aujourd’hui par les Empires, de renforcer la Cour internationale de Justice et le Conseil de sécurité de l’ONU, tout en dénonçant les guerres et en ayant « honte » des méfaits d’Israël à Gaza ou en Cisjordanie (où, comme chacun sait, le Hamas n’a jamais « sévi »)…
Mais jeudi soir, de retour de son périple, il lui faut se confronter à des Français tétanisés par l’explosion des prix de l’essence et cette méchante ambiance de guerre. Atterrissage périlleux. Il se justifie : « Mon rôle, c’est d’être sur l’Ukraine, sur Ormuz », tout en reconnaissant que « ces décisions (celles de Trump, des Iraniens ou de Poutine) ne dépendent pas de nous ».
Pauvre Jupiter, réduit au rôle de commentateur d’une Histoire qui le dépasse. Et pauvres de nous, Français, condamnés à subir les fantasmes de ce roitelet… et son inépuisable verbe encore et toujours, en forme de cache-misère d’une puissance économique et militaire évanouie après 10 ans d’incurie.
N’est pas de Gaulle qui veut, lui qui avait bâti l’indépendance diplomatique de la France sur sa reconstruction économique et sociale…
Pierre Lellouche
24/9/26 — JDD