5 Octobre 2026
C’est une situation sans précédent, d’une extrême gravité. L’Europe, prise en tenaille entre les deux guerres, d’Ukraine au nord et d’Iran au sud, est en train d’être littéralement asphyxiée par la pénurie d’hydrocarbures et l’explosion des prix de l’énergie. Cela, sans la moindre lumière au bout du tunnel, en l’absence de tout règlement diplomatique dans l’un et l’autre cas, et alors que se profile une possible attaque spéculative contre les dettes souveraines, la dette française étant, en Europe, la plus exposée…
Reprenons.
Au nord, la guerre s’intensifie et menace de déborder sur les territoires de l’OTAN. L’Ukraine subit l’enfer de bombardements quotidiens au moyen de missiles balistiques, mais surtout de drones Geran 4 et 5 équipés de turboréacteurs chinois. Elle manque de défenses antiaériennes, d’hommes et aussi d’argent que l’Europe, elle-même en crise, peine à réunir, après avoir fourni 150 milliards d’euros d’aide civile et militaire depuis 2022, plus 90 milliards cette année (empruntés par l’UE), plus 27 milliards d’aide d’urgence que réclame Zelensky.
Trump, lui, a lâché l’affaire et réclame le remboursement des 115 milliards donnés par Biden avant son arrivée. Du côté russe, malgré la fatigue de la guerre ressentie par l’opinion et son coût économique pour le pays, le régime ne donne pas le moindre signe de chercher un compromis. Au contraire, la pression russe se fait de plus en plus sentir de la Pologne à l’Estonie et jusqu’en Allemagne.
Poutine n’a pas varié : il veut au minimum la totalité du Donbass. Les élections législatives des 18-20 septembre n’y ont rien changé : Yabloko, le seul parti libéral d’opposition, ayant été interdit de scrutin. Les oligarques se taisent, les Russes font le dos rond, mais redoutent une mobilisation d’ampleur après les élections.
Quant à la médiation américaine du tandem Witkoff-Kushner, brièvement relancée la semaine passée à Moscou et à Kiev, elle n’a rien donné, sauf un appel de Trump pour que l’Ukraine cesse de frapper les raffineries russes, histoire de soulager un peu le marché…
Ce qui nous amène à la partie sud de la tenaille.
Ici, les événements se sont brutalement accélérés, avec à la fois la reprise des attaques iraniennes et américaines contre les pétroliers en transit dans le détroit d’Ormuz, mais surtout avec la conquête du détroit de Bab el-Mandeb par les Houthis alliés de l’Iran, consacrant une défaite cuisante de l’Arabie.
Événement sans précédent : la totalité de la péninsule Arabique est désormais bloquée, entièrement sous le contrôle de l’Iran : à l’ouest, plus aucun accès vers la mer Rouge et le canal de Suez ; à l’est, plus aucun accès vers les sites gaziers et pétroliers des monarchies arabes via Hormuz.
En clair : plus aucune goutte de pétrole ou de gaz liquéfié ne peut sortir de la région.
Quant au contournement terrestre, notablement par l’oléoduc saoudien Est-Ouest (1 000 km entre Abqaiq et Yanbu), qui permettait jusqu’ici d’évacuer une petite partie du pétrole du Royaume, il a lui aussi été frappé par des drones tirés, semble-t-il, depuis l’Irak par des milices pro-iraniennes.
Ajoutons à cela que plusieurs raffineries saoudiennes ont également été bombardées, sans que les Américains n’interviennent, malgré les supplications du prince héritier MBS.
Là aussi, aucun signe d’un règlement diplomatique. Et encore moins de solution militaire. Trump a englouti 38 milliards de dollars depuis février et consommé une grosse partie de ses arsenaux. La guerre est impopulaire et le Congrès lui réclame des comptes.
À la veille des midterms de novembre, Trump se borne à tenter d’étouffer le régime iranien, à quoi ce dernier répond en asphyxiant l’économie mondiale.
Résultat : le baril atteint 107 dollars, bientôt 120 selon Goldman Sachs, des prix stratosphériques à la pompe, jusqu’à 2,50 € pour le gazole (aggravés par le fait que la France a éliminé les 3/4 de ses raffineries), un fioul domestique à +60 % (1 800 € pour 1 000 litres), un gaz dont le prix a été multiplié par deux depuis février, à 80 et bientôt 100 € le MWh…
Avec, à très court terme, de très graves conséquences sur les ménages et les entreprises. Un cauchemar absolu pour Lecornu, qui doit accoucher d’un budget au milieu de ce maelström qu’une spéculation contre la dette française pourrait transformer en désastre d’un jour à l’autre…
Macron, lui, continue de voyager et prétend qu’il n’est pour rien dans ce désastre…
Pierre Lellouche
17/9/26