Les Chantiers de la Liberté

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Gaza : sous les gravats, la plage ?

Gaza : sous les gravats, la plage ?

Benjamin Netanyahu se souviendra sans doute de son quatorzième voyage à Washington. Certes, il a eu l’honneur d’être le premier chef d’État étranger reçu à la Maison-Blanche, à peine trois semaines après l’investiture de Donald Trump. Mais le Premier ministre israélien redoutait que cette rencontre ne tourne au vinaigre, tant les positions des deux hommes semblaient, a priori, opposées sur l’avenir de Gaza.

Il n’en fut rien. La réunion fut marquée par l’annonce fracassante de Trump : un projet de Gaza américanisée, vidée de ses réfugiés, de ses terroristes, de ses otages et de ses tunnels, pour devenir une sorte d’annexe de la Floride. Indignation dans les capitales arabes, stupeur en Europe… mais soupir de soulagement chez Netanyahu.

Le chef du gouvernement israélien s’attendait en effet à ce que Trump relance son ambition centrale, celle pour laquelle il rêverait, dit-on, d’un prix Nobel de la paix : relancer les Accords d’Abraham, initiés lors de son premier mandat et que l’attaque du Hamas du 7 octobre avait précisément cherché à torpiller. Pour y parvenir, Trump a besoin du soutien total de l’Arabie saoudite, pays dont il attend également 600 milliards de dollars d’investissements aux États-Unis.

Or, si Mohammed ben Salmane (MBS) ne nourrit aucun affect particulier pour les Palestiniens, il ne peut, en tant que « Gardien des lieux saints de l’Islam », reconnaître Israël sans obtenir au minimum l’ouverture d’un processus diplomatique menant à un État palestinien aux côtés de l’État juif. C’est précisément sur ce point que Netanyahu craignait d’être acculé.

D’une part, le traumatisme du 7 octobre a profondément bouleversé la société israélienne, y compris à gauche : comment envisager un État palestinien si celui-ci risque d’être le point de départ d’un nouveau pogrom de masse en Israël ? D’autre part, comment obtenir la libération des otages sans permettre au Hamas de reprendre le contrôle de Gaza et sans provoquer l’explosion de son propre gouvernement ?

Après 15 mois de guerre, le prix des 251 otages ne cesse d’augmenter, alimenté par la souffrance de l’opinion publique. 580 terroristes, dont 200 condamnés pour des attentats sanglants, ont été échangés contre 18 otages (dont cinq ressortissants thaïlandais) libérés lors de la première phase de l’accord conclu le 19 janvier, à la veille de l’investiture de Trump. La deuxième phase, qui s’annonce encore plus coûteuse, prévoit la libération de 64 otages restants, dont la moitié sont probablement morts.

Pour parvenir à cet échange, Israël devra non seulement relâcher des milliers de prisonniers, mais aussi acter la fin de la guerre et se retirer entièrement de Gaza, à l’exception d’une ceinture de sécurité d’un kilomètre à la périphérie de l’enclave. Autant de concessions inacceptables pour les alliés d’extrême droite de Netanyahu : Itamar Ben Gvir a déjà quitté le gouvernement, tandis que Bezalel Smotrich menace d’en faire autant si la guerre ne reprend pas.

Netanyahu redoutait donc d’avoir à choisir entre le soutien de Trump et la survie de son gouvernement. Or, en prônant un Gaza sans Palestiniens, Trump vient de changer la donne et de placer la balle dans le camp des capitales arabes. Depuis la guerre d’indépendance israélienne de 1948, ces dernières ont toujours considéré les Palestiniens comme des « réfugiés » dépendant de l’aide internationale via l’UNRWA.

De 400 000 personnes en 1948, la population de Gaza a aujourd’hui dépassé les 2,2 millions. Or, ni l’Égypte, ni la Jordanie, ni les riches monarchies du Golfe ne souhaitent les accueillir. Trump parviendra-t-il à leur forcer la main ? Rien n’est moins sûr.

Une chose est certaine, cependant : du Groenland au Panama, en passant par le Canada et Gaza, Trump est en train de dynamiter l’ordre mondial.

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M
Monsieur le Ministre,<br /> <br /> au départ, je ne pensais pas réagir à cet article. Tout y est. Tout y est très bien exposé.<br /> Mais, Emmanuel Macron l’a encore fait, début avril. Il nous a sorti une de ses…de ses quoi, en fait ? Une de ses provocations ?<br /> Emmanuel Macron adore les mises en scène, surtout quand il se trouve lui-même au centre de l’attention. Il veut faire parler de lui. A tout prix.<br /> Après l’annonce d’un éventuel envoi de troupes en Ukraine et d’un éventuel partage de la dissuasion nucléaire française et d’autres sottises, il nous annonce donc que la France pourrait reconnaître un Etat palestinien, en juin prochain, pas plus tard que cela…<br /> Le Hamas salue les propos du Président de la République !<br /> Joshua Zarka, Ambassadeur d’Israël en France rétorque sur France Info (le 10/04/2025) que « parler de la création d’un Etat palestinien est totalement irresponsable ». <br /> Sur X, Son Excellence explique :<br /> « Le Hamas prend note et se renforce. La reconnaissance d’un Etat palestinien serait la meilleure récompense pour le terrorisme islamiste qui instrumentalise la souffrance des Palestiniens pour faire régner la terreur et la violence au Moyen-Orient.<br /> Le 7 octobre est gravé dans l’histoire israélienne dans l’effroi et le deuil. Tout doit être fait pour empêcher que cette date ne devienne la fête nationale palestinienne plutôt que la journée de la honte qu’elle devrait être.<br /> Tant que nos voisins ne choisissent pas la paix, tant qu’ils continueront de transmettre à leurs enfants les valeurs de haine et de mort, la paix au Moyen-Orient ne restera qu’un mirage. »<br /> Voilà. Tout est dit.<br /> Pour calmer les esprits, Emmanuel Macron se sera prononcé « pour la paix », « pour la sécurité d’Israël » et pour «un Etat palestinien sans le Hamas ».<br /> Mais, dans le contexte actuel, c’est du non-sens.<br /> Tout le monde ici (ou presque) souhaite « la paix » et « la sécurité d’Israël », mais pour l’instant, c’est le Hamas qui est aux commandes à Gaza.<br /> Comment Emmanuel Macron compte-t-il éradiquer le Hamas d’ici le mois de juin ?<br /> Benjamin Netanyahou s’y emploie depuis le 7 octobre. Ce n’est pas une opération aisée. Puis, tous les matins, il se réveille avec un dilemme. Le Hamas détient toujours des otages. Les utilise pour faire du chantage. Et pourtant, il faut combattre, anéantir le Hamas. Benjamin Netanyahou doit donc se poser la question suivante en permanence : cette lutte contre les terroristes met-elle en péril les otages restants ? L’éradication du Hamas, est une tâche très ingrate, et aucun Etat palestinien ne peut être crée avant cette éradication.<br /> Emmanuel Macron, croit-il que les Français seraient contents et rassurés si, par exemple, un département francilien ou un petit Etat voisin étaient dirigés par les auteurs des attentats du 13 novembre 2015 ?<br /> Il convient également de songer au droit international.<br /> Autrefois, pour prétendre à la création d’un Etat il fallait que ce futur Etat dispose d’une population bien définie et de frontières bien définies. De quoi parlons-nous aujourd’hui ? La troisième condition était de disposer d’un gouvernement capable de conduire des relations internationales…et, encore une fois, c’est le Hamas qui gouverne à Gaza pour l’instant !<br /> On a impression que ces nouvelles gesticulations de notre Président arrivent également pour nuire à l’administration Trump. Il s’oppose à tous les projets de ladite administration et essaie donc de faire voler en éclats ses efforts vers la paix et le bon sens.<br /> Supposons qu’en juin 2025, le Hamas n’existe plus. Qui prendrait les commandes à Gaza ?<br /> Personne ne souhaite accueillir les Palestiniens, comme vous le dites. Il n’y a pas grand monde non plus qui se porte volontaire pour administrer Gaza.<br /> Pour l’instant, Emmanuel Macron nous vend un mirage…<br /> <br /> Marion Winter, le 01/05/2025
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