Les Chantiers de la Liberté

Ormuz – Bab el-Mandeb – Aden : le brouillard de la guerre s’étend

Ormuz – Bab el-Mandeb – Aden : le brouillard de la guerre s’étend

La guerre d’Iran entre dans son huitième mois et le brouillard de la guerre ne fait que s’épaissir, au fil des nouvelles contradictoires venues de la région.

Une rare bonne nouvelle semble se confirmer depuis le début du mois de septembre : le pétrole, mais non le gaz du Qatar, parvient à sortir de la région à des niveaux proches d’avant-guerre. D’après la société Kpler, spécialisée dans les flux énergétiques, les flux pétroliers sortant d’Ormuz représenteraient 13 millions de barils/jour, soit autour de 70 % du niveau d’exportation d’avant-guerre (20 millions). D’autres estimations, de Bloomberg ou du secrétaire américain à l’Énergie, évoquent des niveaux moindres, mais néanmoins significatifs, entre 4 et 9 millions de barils par jour.

Ces résultats encourageants ont été obtenus grâce à la mise en place de routes de contournement (les Émirats via Fujairah), grâce aux transbordements effectués à la sortie du détroit, mais aussi grâce à la protection des pétroliers assurée par l’US Navy le long de la côte omanaise. Le général Brad Cooper, commandant du CentCom, se félicite ainsi d’avoir pu accompagner 2 000 navires de commerce et d'avoir permis le passage de plus d’un milliard de barils ces derniers mois.

Un tel succès explique que le prix du baril reste situé autour de 100 dollars et que Trump ait repoussé le plan de paix présenté la semaine dernière par Téhéran, un plan qui reprenait les grandes lignes du cessez-le-feu calamiteux qu’il avait lui-même signé à Versailles en juin dernier. Cet accord, en forme de capitulation américaine, laissait les Iraniens maîtres d’Ormuz, les autorisant même à percevoir un « péage », tout en obligeant Washington à lever les sanctions et à payer des dommages de guerre, le tout sans la moindre concession sur le nucléaire iranien.

Mais si les flux continuent, ce qui permet d’éviter une grave pénurie d’approvisionnement, le retour à la normale n’est nullement d’actualité.

Car la mauvaise nouvelle est double : d’une part, l’essentiel de ce pétrole part vers la Chine et n’aide nullement à faire baisser les prix en Europe ; d’autre part, les Iraniens n’ont aucune intention de céder, d’autant que le retrait improvisé des forces américaines d’Irak que vient d’annoncer Donald Trump va inévitablement renforcer la mainmise de l’Iran sur son voisin irakien.

Quant au blocus américain sur Ormuz, s’il pénalise durement l’économie iranienne, le régime des mollahs réplique non seulement par une impitoyable répression intérieure — ce qui lui permet de tenir —, mais aussi par la poursuite de ses attaques contre les pétroliers (au moins trois ont été frappés cette semaine), tout en activant ses « proxys » Houthis au Yémen.

Ces derniers viennent d’infliger une défaite cuisante à l’Arabie en prenant le contrôle du port de Mocha et du détroit de Bab el-Mandeb, à l’autre extrémité de la péninsule Arabique, fermant ainsi la route alternative de la mer Rouge.

Mais, pire encore, les Houthis déploient une nouvelle escalade en s’alliant avec les islamistes Shababs affiliés à Al-Qaïda, qui contrôlent 40 % du territoire de la Somalie.

D’Ormuz et de Bab el-Mandeb, la guerre s’étend donc vers le sud, à la Somalie et à la Corne de l’Afrique, menaçant d’autres routes de navigation dans l’océan Indien.

Réputés pour leurs actions de piraterie extrêmement juteuses dans le golfe d’Aden, les Shababs, à l’instar du Hezbollah armé et entraîné par l’Iran, bénéficieraient de drones et de matériels iraniens livrés par les Houthis. Ils trouveront sur place les Émiratis installés à Berbera et… les Israéliens également présents au Somaliland.

Autant de développements qui, ajoutés aux menaces de Trump de bloquer les exportations de diesel américain vers l’Europe, accroissent l’insécurité, donc la volatilité persistante des prix des hydrocarbures.

Nous n’en avons pas fini avec des prix à la pompe de l’ordre de 2,50 €, voire 3 € le litre…

 

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