Idées et analyses sur les dynamiques politiques et diplomatiques.
22 Juillet 2025
La coïncidence, hélas, en dit long sur la paralysie française en matière d’immigration, face à un environnement européen et international qui, lui, évolue rapidement.
La semaine dernière, trois évènements, dans trois pays différents, se sont produits presque simultanément.
Aux États-Unis, la Cour suprême a conforté de façon spectaculaire la volonté du président Trump d’en finir avec le droit du sol, pourtant inscrit dans la Constitution. Même si elle n’a pas voulu se prononcer sur le fond, la Cour a considéré qu’un juge fédéral ne pouvait pas bloquer, sur l’ensemble du territoire, une décision prise par le chef de l’exécutif, validant ainsi « l’executive order » signé par Trump dès le début de son mandat, qui avait fait l’objet de multiples recours devant les juges.
En Allemagne, au même moment, Friedrich Merz faisait adopter au Bundestag, par sa coalition droite-gauche, une réforme profonde du regroupement familial, pourtant « sacralisé » par une jurisprudence constante de la Cour européenne des droits de l’homme depuis plusieurs décennies. En France, ces regroupements concernent chaque année 90 000 migrants, venus pour l’essentiel épouser d’anciens migrants… naturalisés français…
La France, justement, est le théâtre du troisième événement de la semaine passée : une proposition de loi du sénateur Demilly, adoptée au Sénat et reprise par le groupe d’Éric Ciotti à l’Assemblée, a été retoquée le 27 juin pour de piètres raisons de maladresse procédurale. Ce texte visait pourtant à « interdire le mariage de personnes séjournant de manière irrégulière sur le territoire national », et accessoirement à protéger les maires qui se placent dans l’illégalité lorsqu’ils refusent de célébrer de tels mariages. Or, le Conseil constitutionnel considère que le droit au mariage est sacré, et « qu’il n’est (donc) pas conditionné par la régularité du séjour »…
Ce dernier épisode en dit long sur le décalage qui est en train de se produire entre la paralysie institutionnelle française sur la question migratoire et l’évolution de la majorité des pays européens.
Cette évolution a pour cause la déferlante de l’année 2015, qui, avec la bénédiction d’Angela Merkel à l’époque, vit déferler en Europe 1,3 million de demandeurs d’asile venus essentiellement d’Afghanistan, de Syrie et d’Irak, soit le double de l’année précédente. C’est en 2015 aussi qu’est apparu le premier mur de barbelés, mis en place par la Hongrie de Viktor Orban à la frontière serbe, pour bloquer les passages vers l’Allemagne.
Depuis, les réactions se sont enchaînées, curieusement à partir des pays les plus tolérants d’Europe du Nord. Le Danemark, de gauche, a carrément adopté une politique de zéro droit d’asile, l’exemple danois étant érigé « en modèle pour toute l’Europe » selon le nouveau chancelier allemand…
Symbole de cette évolution, Mme Frederiksen, la Première ministre danoise, s’est rendue à Rome pour rencontrer sa collègue Meloni afin de rédiger une lettre commune adressée à la Commission de Bruxelles pour demander une modification de la Convention européenne des droits de l’homme, qui « entraîne trop de limites aux États et à leurs capacités de décider qui doit être expulsé de leurs territoires ».
Autre signe des temps : cette lettre a été cosignée par l’Autriche, la Belgique, la République tchèque, les trois États baltes et la Pologne… mais pas la France.
Comme le Danemark, la Pologne a totalement suspendu le droit d’asile, une mesure impensable en France qui, bonne fille, accueille 150 000 demandeurs par an !
Autre évolution notable : le Danemark, l’Italie et d’autres pays, y compris le Royaume-Uni, recherchent activement des pays d’accueil pour les déboutés du droit d’asile et autres clandestins. Les Anglais ont essayé avec le Rwanda, les Italiens avec l’Albanie, une idée jugée « créative » par Madame Von der Leyen, laquelle, pourtant, se présentait il y a encore deux ans comme la promotrice « d’un pacte asile-immigration » assorti de lourdes sanctions financières pour les États qui auraient refusé d’accueillir « leur quota » du fardeau migratoire.
Alexander Downer, l’ancien Premier ministre d’Australie, sourit : « Il n’y a pas si longtemps, les Européens me traitaient de fasciste, car j’expulsais les clandestins vers la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Je constate qu’ils font aujourd’hui la même chose. »
Bref, le monde change, mais la France, elle, ne change pas.
Malgré le million de clandestins (évaluation d’un ministère de l’Intérieur) et les 147 154 immigrés en situation irrégulière interpellés en France l’an dernier (plus 19 % en un an !) ; malgré aussi la trentaine de lois immigration adoptées depuis des années en France, les dernières ayant été pour l’essentiel détricotées par le Conseil constitutionnel…
En vérité, il y a désormais chez nous deux France qui s’ignorent : celle qui subit la submersion migratoire – à l’hôpital, à l’école, dans le pénitentiaire, dans l’insécurité et la violence croissante au quotidien – et l’autre, qui imperturbablement, continue à pontifier.
Ainsi, de ces deux éditoriaux parus coup sur coup ces derniers jours dans Le Monde, sous la signature de deux immenses experts du CNRS. Le premier, Frank Frazzi, accuse la France de « chercher à domestiquer l’islam » (on a plutôt l’impression du contraire !), tandis que le second, Sébastien Roché, considère que la violence croissante en France est d’abord due aux policiers eux-mêmes et à leur doctrine d’emploi…
Bref, le cauchemar continue avec une immigration en France totalement hors de contrôle, dont le coût s’élève au moins à 3,4 % du PIB selon un rapport récent, cela alors que la population d’origine immigrée atteint désormais entre le quart et le tiers de la population totale… à la grande satisfaction de M. Mélenchon…
Pierre Lellouche – 2 juillet 2025