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Macron reconnaît la Palestine, mais le monde reconnaît-il encore la France ?

Macron reconnaît la Palestine, mais le monde reconnaît-il encore la France ?

La question est triple : la reconnaissance décrétée mercredi dernier par le Président de la République française d’un État palestinien souverain a-t-elle la moindre chance de contribuer à un futur accord de paix entre Israël et son voisin palestinien ? À défaut, cette décision va-t-elle au moins conforter le rôle et la réputation de la France sur la scène internationale ?
Si la réponse à ces deux questions préalables est négative, alors pourquoi Emmanuel Macron a-t-il pris une telle décision en embarquant la France dans une impasse de plus ?

La réponse à la première question est évidemment négative. La reconnaissance unilatérale et inconditionnelle de la France fait certes plaisir aux Arabes, au monde musulman en général, au Hamas qui nous félicite (!) et sans doute à la forte communauté musulmane établie en France que draguent de concert Mélenchon et Villepin. Mais elle ne convainc ni l’Amérique de Trump, qui la juge « sans importance », ni l’Allemagne et d’autres nations démocratiques.
Pour une raison toute simple que Macron avait parfaitement intégrée dans son projet initial : cette reconnaissance devait suivre, et non précéder, la réalisation de trois conditions cardinales : d’abord l’éradication du régime sanguinaire du Hamas à Gaza et sa démilitarisation totale, couplées avec la libération des derniers otages ; la refonte en profondeur de l’Autorité palestinienne afin de la rendre capable de gouverner la future Palestine ; enfin, cette reconnaissance devait être mutuelle entre Arabes (à commencer par l’Arabie des Saouds) et Israéliens.
Tel était le projet initial de Macron, qui avait une vraie cohérence, avant d’être brutalement mis de côté par l’irruption de la guerre des Douze Jours entre Israël et l’Iran.

En n’exigeant désormais plus rien du Hamas, dont la charte indique expressément que cette organisation est résolument islamiste et nullement nationaliste, qu’elle ne se bat pas pour un État palestinien mais pour l’éradication totale d’Israël, la reconnaissance macronienne est parfaitement inaudible en Israël, à jamais marqué par le 7 octobre.
De plus, en ne demandant plus aux États arabes une reconnaissance croisée d’Israël, l’initiative macronienne ne fait qu’isoler davantage Israël, tout en menaçant la pérennité des accords d’Abraham. Ces derniers avaient ouvert un processus de rapprochement entre Israël et les États arabes, sans préalable palestinien — raison pour laquelle, précisément, le Hamas, armé par l’Iran, a attaqué le 7 octobre... L’initiative macronienne vient donc donner raison a posteriori aux dirigeants du Hamas !
À Israël, désormais accusé de toutes parts des pires crimes de génocide, de céder sur l’État palestinien ; alors, et alors seulement — et éventuellement — les États arabes interviendront dans un deuxième temps pour reconnaître l’État juif.

Un tel positionnement peut se concevoir comme un geste symbolique à un moment où le monde entier a les yeux braqués sur la famine à Gaza, à condition d’oublier que l’extrême souffrance du peuple gazoui, sa condition de « martyr », sont délibérément voulues par le Hamas comme un élément clé de sa « victoire » contre Israël. En oubliant aussi que, des années durant, des villes israéliennes étaient elles aussi bombardées par des missiles depuis Gaza et le Liban, cela avant les centaines de missiles tirés par l’Iran contre les centres urbains en Israël.
Initiative symbolique, donc, mais en aucun cas la première étape d’un effort diplomatique réfléchi et sérieux de la diplomatie française vers la fameuse « solution à deux États ».

Si la démarche n’a pas la moindre chance d’aboutir à la paix au Moyen-Orient, va-t-elle au moins conforter le rôle et la voix de la France sur la scène mondiale ?
La réponse, là encore, n’est guère réjouissante. Nos partenaires européens, notre allié américain, mais également bien d’autres capitales du Sud global ont parfaitement intégré la faiblesse économique, financière et même militaire de notre pays.
Expulsé sans gloire d’Afrique, trahi par nos meilleurs alliés en Asie-Pacifique (AUKUS), ouvertement méprisé par Trump (« Il est sympa Macron — good guy — mais ce qu’il dit n’a aucune importance »), notre pays est ouvertement défié par l’Algérie depuis des mois, qui nous envoie ses criminels tout en retenant en otages nos concitoyens.
Au mieux, la dernière sortie de Macron apparaîtra comme un virage à 180 degrés de plus. Macron s’était illustré au début de la guerre d’Ukraine en demandant que l’on « respecte les intérêts de sécurité de la Russie », avant d’épouser une ligne exactement contraire, en dénonçant la Russie comme « une menace existentielle pour la France et l’Europe ».
Idem au Proche-Orient : au lendemain du 7 octobre, Macron proposait à Netanyahou de relancer contre le Hamas la coalition internationale contre Daech (le dirigeant israélien n’en demandait pas tant !), cela avant d’exiger des cessez-le-feu à répétition de la part d’Israël dans sa lutte contre le Hezbollah au Liban ou contre le Hamas à Gaza.
Si Macron avait été écouté, le Hezbollah régnerait encore sur le Liban, Assad sur la Syrie, et Téhéran serait encore la superpuissance de la région…

Alors pourquoi tout ce tintamarre autour d’une initiative dont chacun a compris qu’elle était mort-née ?
Pour cesser d’être accusés de « double standard » par le Sud global, comme on le dit parfois au Quai d’Orsay ? Pour des raisons morales, certes compréhensibles, face aux images de famine à Gaza ?
Mais alors pourquoi se taire sur le Soudan, le Haut-Karabakh, le Kurdistan ou le Nord-Kivu, qui regorgent de massacres contre les civils ? « No Jews, no news », donc ?
Ou tout simplement parce que ce président complètement affaibli, marginalisé en France même, éprouve un besoin irrépressible de continuer d’exister, de rester toujours au centre de la photo ?
Sa façon d’exister, lui qui ne peut plus gouverner son pays faute de majorité parlementaire, c’est d’empiler les voyages aux quatre coins du monde, les sommets et les initiatives médiatiques sur à peu près tous les sujets.
Il faut que Macron soit le sauveur. Le sauveur du Groenland, le sauveur de l’environnement, le sauveur de l’Ukraine et, accessoirement, de l’Europe « souveraine » qu’il prétend diriger malgré les mille milliards de dettes supplémentaires qu’il lègue au pays après huit années au pouvoir.
Le voici désormais sauveur des Palestiniens. Les Français ont appris ce que leur aura coûté d’être sauvés par Emmanuel Macron. Les autres apprendront également.

 

Pierre Lellouche
25 juillet 2025

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M
Analyse remarquable, et je me permets de soumettre quelques réflexions :<br /> <br /> Emmanuel Macron voyage et voyage et voyage encore.<br /> Il parle et il parle et il parle encore.<br /> Pour dire tout et son contraire. Quand on dit tout et son contraire, on paraît peu crédible.<br /> Il donne l’impression de vouloir être sous le feu des projecteurs en permanence, quoi qu’il en coûte.<br /> Etre dans la lumière semble l’attirer.<br /> Icare voulait voler trop près du soleil et il s’est brûlé les ailes.<br /> Un jour, Emmanuel Macron aussi pourrait être victime de ses fanfaronnades et de sa naïveté. Espérons, qu’il n’entraîne pas une France – rarement consultée, et déjà au bord du gouffre – dans sa chute…<br /> Le 18 juin dernier, il voulait reconnaître un Etat palestinien, mais la guerre des Douze Jours a cassé son projet.<br /> Là, il a récidivé. Il nous propose de reconnaître un Etat palestinien le 20 septembre prochain.<br /> Les Israéliens sont perplexes et inquiets, et bon nombre de Français également, et à juste titre.<br /> Pour cause, les conditions nécessaires ne sont absolument pas réunies. Dire qu’Emmanuel Macron veut mettre la charrue devant les bœufs est un euphémisme dans ce contexte-là…<br /> Autrefois, selon le droit international, pour pouvoir prétendre à la création d’un Etat, trois conditions devaient être remplies. <br /> Il fallait disposer d’un territoire bien défini. De quoi parlons-nous aujourd’hui ?<br /> Il fallait disposer d’une population bien définie. Parlons-nous donc d’une population gazaouie sous emprise, travaillée par un islam radical, qui trouve l’attaque terroriste du 7 Octobre 2023 appréciable pour 75 % des sondés ? En Cisjordanie, dans la population musulmane, des sondages semblables donnent un résultat semblable. Par environ 75 % des sondés le pogrom du 7 Octobre 2023 est perçu comme une bonne chose…<br /> Troisièmement, il fallait disposer d’un gouvernement capable de conduire des relations internationales.<br /> C’est le Hamas qui est aux commandes dans la bande de Gaza. Le Hamas ne se comporte pas comme un gouvernement. Il agit comme l’organisation terroriste qu’il est.<br /> Comme bon nombre des groupes terroristes avant lui, le Hamas a cruellement kidnappé des victimes innocentes pour pouvoir exercer un chantage à un niveau international. Même si le Hamas a des soutiens au Qatar, en Turquie et en Iran, on ne peut pas considérer cela comme une capacité de conduire des relations internationales.<br /> Le fait, que le Hamas ne rechigne pas à collaborer avec d’autres organisations terroristes, tels que le Hezbollah, quand il le juge opportun, ne le qualifie pas davantage comme un gouvernement légitime. Bien au contraire.<br /> Le Hamas ne veut toujours pas libérer les otages restants, et a, une nouvelle fois, rejeté un plan de cessez-le-feu. Il croit pouvoir assurer sa pérennité en poursuivant sa « guerre » funeste.<br /> Avec sa propagande habilement diffusée, le Hamas compte mettre l’opinion publique mondiale de son côté. Il a des relais dans certains médias également…et ailleurs, malheureusement.<br /> Le Hamas utilise les civils gazaouis comme boucliers humains, exploite leurs souffrances et fait en sorte qu’il y ait un maximum de victimes collatérales quand l’armée israélienne intervient.<br /> L’inversion accusatoire, une vieille méthode bolchevique, qui consiste à accuser l’ennemi de ses propres crimes, est utilisée par le Hamas pour accuser Israël.<br /> Le Hamas se cache dans les tunnels, met des pièges, et opprime la population locale de façon brutale.<br /> Cela rappelle la tactique des Vietcongs.<br /> Avec sa façon d’agir, avec sa propagande satanique, et avec le chantage des otages, le Hamas cherche à installer la peur, le doute et la désunion en Israël, et dans le reste du monde, afin de pouvoir imposer sa propre idéologie totalitaire islamiste. C’est une technique qui a déjà été employé par d’autres groupes terroristes, notamment de la gauche radicale (la RAF allemande, par exemple).<br /> Le Hamas doit donc être complètement démilitarisé et écarté de tout pouvoir politique. La reconnaissance d’un Etat palestinien n’est pas envisageable sinon. D’où le recadrage de Donald Trump vis-à-vis d’Emmanuel Macron…<br /> Le Hamas n’est pas juste un petit groupe de demeurés dont les prêches haineux visent Israël, l’Occident et tous les autres « mécréants ».<br /> Le Hamas est déjà passé à l’acte et ne veut pas s’arrêter là.<br /> Son projet ne consiste pas à obtenir un Etat palestinien, mais un « califat » bien au-delà de telles frontières… L’éradication de l’Etat d’Israël est un but affirmé du Hamas dans ce contexte. L’Etat palestinien une étape.<br /> Le Hamas est à l’origine de l’attaque terroriste du 7 octobre 2023 et a appelé au djihad dans le monde entier le lendemain de cette attaque.<br /> Dominique Bernard a été assassiné le 13 octobre 2023 à Arras…bien avant le début de la riposte israélienne.<br /> <br /> La reconnaissance d’un Etat palestinien dans l’état actuel des choses, serait effectivement « une récompense de la terreur » comme l’a dit Benjamin Netanyahou.<br /> Ce serait également un signal très dangereux envoyé à tous les islamistes sur notre planète car cela voudrait effectivement dire que l’on peut, petit à petit, arriver à ses fins en utilisant la violence et le terrorisme.<br /> <br /> Pourquoi Emmanuel Macron nous annonce-t-il cette nouvelle mouture de création d’Etat palestinien alors que tous ces faits sont connus ?<br /> <br /> Il faut le répéter aussi. Personne n’a envie de vivre à côté d’un Etat terroriste qui vous menace d’éradication.<br /> Les français ne seraient certainement pas rassurés non plus, si les auteurs des attentats du 13 novembre 2015 dirigeaient un département francilien ou un petit Etat voisin. Il faut comprendre cela.<br /> <br /> Quant à la souffrance. Bien sûr, il y en a dans la bande de Gaza. C’est malheureux, mais dans toutes les guerres, il y a des souffrances. C’est dans la nature des guerres. Pour que cela cesse, il faut mettre le Hamas hors d’état de nuire.<br /> <br /> Il convient d’avoir une pensée pour les Israéliens, qui vivent dans la détresse eux aussi, et qui voudraient enfin, un jour, vivre en paix…<br /> <br /> Et Emmanuel Macron devrait réfléchir avant de dire des bêtises, parfois dangereuses.<br /> Il n’aurait pas dû supprimer les Corps diplomatiques. Il aurait dû s’entourer de conseillers compétents en géopolitique.<br /> Dans la situation dans laquelle nous nous trouvons, il devrait surtout œuvrer au redressement économique de la France, au rétablissement de sa cohésion nationale, à la protection de nos frontières et à l’arrêt des flux migratoires démesurés, avant d’envisager d’envoyer des troupes au Groenland, ou « des mecs à Odessa », ou encore avant de proposer la création d’un Etat palestinien alors que les conditions pour cela ne sont tout simplement pas réunies…<br /> <br /> Marion Winter, le 08/08/2025
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P
Merci encore de partager ces réflexions, elles sont précieuses et instructives. C'est un privilège que vous nous faites.