Idées et analyses sur les dynamiques politiques et diplomatiques.
31 Juillet 2025
La question est triple : la reconnaissance décrétée mercredi dernier par le Président de la République française d’un État palestinien souverain a-t-elle la moindre chance de contribuer à un futur accord de paix entre Israël et son voisin palestinien ? À défaut, cette décision va-t-elle au moins conforter le rôle et la réputation de la France sur la scène internationale ?
Si la réponse à ces deux questions préalables est négative, alors pourquoi Emmanuel Macron a-t-il pris une telle décision en embarquant la France dans une impasse de plus ?
La réponse à la première question est évidemment négative. La reconnaissance unilatérale et inconditionnelle de la France fait certes plaisir aux Arabes, au monde musulman en général, au Hamas qui nous félicite (!) et sans doute à la forte communauté musulmane établie en France que draguent de concert Mélenchon et Villepin. Mais elle ne convainc ni l’Amérique de Trump, qui la juge « sans importance », ni l’Allemagne et d’autres nations démocratiques.
Pour une raison toute simple que Macron avait parfaitement intégrée dans son projet initial : cette reconnaissance devait suivre, et non précéder, la réalisation de trois conditions cardinales : d’abord l’éradication du régime sanguinaire du Hamas à Gaza et sa démilitarisation totale, couplées avec la libération des derniers otages ; la refonte en profondeur de l’Autorité palestinienne afin de la rendre capable de gouverner la future Palestine ; enfin, cette reconnaissance devait être mutuelle entre Arabes (à commencer par l’Arabie des Saouds) et Israéliens.
Tel était le projet initial de Macron, qui avait une vraie cohérence, avant d’être brutalement mis de côté par l’irruption de la guerre des Douze Jours entre Israël et l’Iran.
En n’exigeant désormais plus rien du Hamas, dont la charte indique expressément que cette organisation est résolument islamiste et nullement nationaliste, qu’elle ne se bat pas pour un État palestinien mais pour l’éradication totale d’Israël, la reconnaissance macronienne est parfaitement inaudible en Israël, à jamais marqué par le 7 octobre.
De plus, en ne demandant plus aux États arabes une reconnaissance croisée d’Israël, l’initiative macronienne ne fait qu’isoler davantage Israël, tout en menaçant la pérennité des accords d’Abraham. Ces derniers avaient ouvert un processus de rapprochement entre Israël et les États arabes, sans préalable palestinien — raison pour laquelle, précisément, le Hamas, armé par l’Iran, a attaqué le 7 octobre... L’initiative macronienne vient donc donner raison a posteriori aux dirigeants du Hamas !
À Israël, désormais accusé de toutes parts des pires crimes de génocide, de céder sur l’État palestinien ; alors, et alors seulement — et éventuellement — les États arabes interviendront dans un deuxième temps pour reconnaître l’État juif.
Un tel positionnement peut se concevoir comme un geste symbolique à un moment où le monde entier a les yeux braqués sur la famine à Gaza, à condition d’oublier que l’extrême souffrance du peuple gazoui, sa condition de « martyr », sont délibérément voulues par le Hamas comme un élément clé de sa « victoire » contre Israël. En oubliant aussi que, des années durant, des villes israéliennes étaient elles aussi bombardées par des missiles depuis Gaza et le Liban, cela avant les centaines de missiles tirés par l’Iran contre les centres urbains en Israël.
Initiative symbolique, donc, mais en aucun cas la première étape d’un effort diplomatique réfléchi et sérieux de la diplomatie française vers la fameuse « solution à deux États ».
Si la démarche n’a pas la moindre chance d’aboutir à la paix au Moyen-Orient, va-t-elle au moins conforter le rôle et la voix de la France sur la scène mondiale ?
La réponse, là encore, n’est guère réjouissante. Nos partenaires européens, notre allié américain, mais également bien d’autres capitales du Sud global ont parfaitement intégré la faiblesse économique, financière et même militaire de notre pays.
Expulsé sans gloire d’Afrique, trahi par nos meilleurs alliés en Asie-Pacifique (AUKUS), ouvertement méprisé par Trump (« Il est sympa Macron — good guy — mais ce qu’il dit n’a aucune importance »), notre pays est ouvertement défié par l’Algérie depuis des mois, qui nous envoie ses criminels tout en retenant en otages nos concitoyens.
Au mieux, la dernière sortie de Macron apparaîtra comme un virage à 180 degrés de plus. Macron s’était illustré au début de la guerre d’Ukraine en demandant que l’on « respecte les intérêts de sécurité de la Russie », avant d’épouser une ligne exactement contraire, en dénonçant la Russie comme « une menace existentielle pour la France et l’Europe ».
Idem au Proche-Orient : au lendemain du 7 octobre, Macron proposait à Netanyahou de relancer contre le Hamas la coalition internationale contre Daech (le dirigeant israélien n’en demandait pas tant !), cela avant d’exiger des cessez-le-feu à répétition de la part d’Israël dans sa lutte contre le Hezbollah au Liban ou contre le Hamas à Gaza.
Si Macron avait été écouté, le Hezbollah régnerait encore sur le Liban, Assad sur la Syrie, et Téhéran serait encore la superpuissance de la région…
Alors pourquoi tout ce tintamarre autour d’une initiative dont chacun a compris qu’elle était mort-née ?
Pour cesser d’être accusés de « double standard » par le Sud global, comme on le dit parfois au Quai d’Orsay ? Pour des raisons morales, certes compréhensibles, face aux images de famine à Gaza ?
Mais alors pourquoi se taire sur le Soudan, le Haut-Karabakh, le Kurdistan ou le Nord-Kivu, qui regorgent de massacres contre les civils ? « No Jews, no news », donc ?
Ou tout simplement parce que ce président complètement affaibli, marginalisé en France même, éprouve un besoin irrépressible de continuer d’exister, de rester toujours au centre de la photo ?
Sa façon d’exister, lui qui ne peut plus gouverner son pays faute de majorité parlementaire, c’est d’empiler les voyages aux quatre coins du monde, les sommets et les initiatives médiatiques sur à peu près tous les sujets.
Il faut que Macron soit le sauveur. Le sauveur du Groenland, le sauveur de l’environnement, le sauveur de l’Ukraine et, accessoirement, de l’Europe « souveraine » qu’il prétend diriger malgré les mille milliards de dettes supplémentaires qu’il lègue au pays après huit années au pouvoir.
Le voici désormais sauveur des Palestiniens. Les Français ont appris ce que leur aura coûté d’être sauvés par Emmanuel Macron. Les autres apprendront également.
Pierre Lellouche
25 juillet 2025
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