Idées et analyses sur les dynamiques politiques et diplomatiques.
4 Septembre 2025
Les observateurs et autres spécialistes de politique étrangère ont tous souligné l’événement : en l’espace de cinq jours, deux ambassadeurs de pays amis et alliés — les États-Unis et l’Italie — se sont vus convoqués au Quai d’Orsay en plein mois d’août, pour entendre le courroux des autorités françaises.
Le premier, Charles Kushner, le père de Jared Kushner, le mari de la fille de Donald Trump, pour avoir rendu publique, le 25 août, une lettre au président Macron s’inquiétant de l’explosion de l’antisémitisme en France avec la guerre à Gaza, et critiquant la réponse jugée insuffisante du gouvernement français. L’ambassadeur n’a pas jugé bon de se déplacer…
La seconde, Emanuela D’Alessandro, s’est elle rendue au Quai pour entendre les protestations de l’exécutif français après les propos du vice-président du Conseil italien, Matteo Salvini, qui, face aux velléités militaires du président Macron en Ukraine, lui avait élégamment conseillé : « D’y aller toi-même, si tu y tiens. Tu prends ton casque, le gilet pare-balles, le fusil, et tu pars. »
Problème là encore : la présidente du Conseil, Giorgia Meloni, qui était pourtant du voyage à Washington quelques jours plus tôt en compagnie de M. Macron, a soigneusement évité de désavouer son vice-président.
Les deux incidents touchent aux deux dossiers parmi les plus sensibles du moment, où Emmanuel Macron a clairement voulu imprimer sa marque et s’imposer en leader à l’international, malgré ses déboires de politique intérieure.
À Gaza tout d’abord, où, après avoir soutenu Netanyahou après le 7 octobre au point de proposer de réactiver la coalition internationale contre Daech pour combattre le Hamas, Macron n’a cessé ensuite de critiquer la riposte israélienne à Gaza, la qualifiant dans un courrier récent au Premier ministre israélien de « fuite en avant meurtrière ».
En septembre, lors de l’Assemblée générale de l’ONU, Macron entend reconnaître l’État de Palestine, sans condition aucune : ni l’élimination préalable du Hamas, ni la refonte d’une Autorité palestinienne totalement décrédibilisée aujourd’hui.
Une initiative que les Britanniques, les Canadiens et les Australiens ont rejointe, au grand dam de l’administration Trump, et surtout de Netanyahou.
La suite est un échange de lettres d’une rare violence entre Macron et Netanyahou, chacun accusant l’autre de favoriser « le feu antisémite » — l’un par la poursuite de la guerre, l’autre par la récompense ainsi accordée au Hamas pour son pogrom du 7 octobre… Mais rien qui ne conduise à la fin du conflit.
En Ukraine, Macron défend depuis février 2024 l’idée d’envoyer des contingents européens en soutien aux Ukrainiens. Après moult versions, l’idée actuelle est, après la conclusion d’un accord de paix, de déployer à l’arrière de la future ligne de démarcation, des troupes européennes issues de pays « volontaires », qui serviraient ainsi de garanties de sécurité à l’Ukraine en cas de nouvelle attaque russe.
Une sorte de pis-aller, en fait, les Américains (et les Allemands) étant résolument contre l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN. Les Européens, derrière Macron et Starmer, militent auprès de Washington pour que ces troupes soient elles-mêmes protégées par le bouclier aérien de l’US Air Force et bénéficient de la logistique américaine, notamment en matière de renseignement — ce que Trump a vaguement laissé entendre lors de la rencontre à la Maison-Blanche le 18 août.
Rien n’est cependant réglé à ce stade : le chef du Pentagone, Pete Hegseth, est contre ; plusieurs États européens, dont l’Italie, mais également l’Allemagne, sont très divisés, voire carrément hostiles. Et bien entendu, les Russes ne veulent en aucun cas voir de forces de pays de l’OTAN stationnées en Ukraine, dans le cadre d’un accord de paix… Là encore, rien qui ne fasse arrêter cette guerre.
Si Gaza et l’Ukraine sont donc des sujets majeurs pour le monde et pour la diplomatie française, d’autres ne le sont pas moins, là où, curieusement, la voix de la France est infiniment plus discrète, voire inaudible.
L’Algérie, par exemple, dont Paris subit quotidiennement les provocations, notamment en matière d’immigration. Ou encore l’Iran, où des citoyens français sont également retenus en otages. Et que dire du silence assourdissant de la France lors du grand braquage trumpien sur les droits de douane ?
Pas un mot, pas la moindre réaction de Paris, alors que la présidente de la Commission nous soumet à la multiplication par cinq des droits de douane américains sur nos produits, et reste sans réponse face à la menace de Trump d’une punition supplémentaire si, par extraordinaire, nous étions tentés de taxer ou de réguler les bénéfices considérables des GAFAM en Europe !
Il est sans doute plus payant, au plan médiatique, de multiplier les sommets, et sans doute plus aisé, depuis Paris, de se poser en combattant de la paix en Ukraine ou en donneur de leçons à Gaza, que de se colleter à l’immigration algérienne ou à l’impérium économique américain face à une Europe en plein déclin.
Un exemple : le 13 mai dernier, SpaceX, la société d’Elon Musk, a lancé 28 satellites en orbite en une seule journée, l’un des plus de cent lancements orbitaux américains réussis cette année.
La Chine a envoyé plus de quarante fusées dans l’espace depuis janvier. La Russie, malgré la guerre en Ukraine, dix.
Quant à l’Europe, elle n’a en tout et pour tout procédé qu’à quatre lancements…
C’est pourtant ce déclin — plus grave encore en France — qui sera au cœur de la rentrée de septembre, avec la chute probable de Bayrou le 8, le blocage du pays le 10, et la publication de la note de la France par l’agence Fitch le 12 septembre…
Un automne décidément bien chargé, qu’il valait mieux essayer de faire oublier par une frénésie diplomatique estivale… sans grands résultats.
Pierre Lellouche – 28 août 2025