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Dommages collatéraux

Dommages collatéraux

Humour involontaire ? Donald Trump a choisi la date du 1er avril, « April fool’s day », pour tenter de rassurer le peuple américain sur sa guerre en Iran. À l’entendre, tout va pour le mieux : le régime iranien a été « anéanti », tout comme l’essentiel de sa marine et de son aviation ; la guerre elle-même sera terminée dans deux ou trois semaines, après une dernière salve de bombardements intensifs qui ramèneront l’Iran à « l’âge de pierre, là où ce pays mérite de se trouver… ».

Rassurer s’imposait. L’opinion publique américaine est à 60 % au moins hostile à la guerre, et plus encore (75 %) à l’envoi de troupes au sol. Le seuil politiquement très sensible des 4 dollars pour 1 gallon d’essence (4 litres) a été franchi, et les marchés sont extrêmement nerveux face au risque d’inflation et de ralentissement de la croissance. « Nous ne sommes qu’au 32e jour de guerre », a plaidé Trump, rappelant que les autres guerres américaines, du Vietnam à l’Afghanistan, avaient duré des années.

Deux ou trois semaines, c’est la durée estimée par les services de renseignement pour éliminer ce qui reste (une centaine, dit-on) des missiles balistiques et des drones iraniens. Une estimation basée sur la chute de 90 % observée dans le nombre de tirs iraniens sur les voisins arabes. Mais quid de l’après ?

L’après se présente malheureusement comme une impasse — et une impasse lourde d’au moins quatre dommages collatéraux, tous aussi périlleux les uns que les autres.

Le premier est le sort du nucléaire militaire en Iran que cette guerre était censée éliminer définitivement. Or, si les installations iraniennes ont été fortement endommagées, elles pourront être reconstruites et, surtout, 450 kg d’uranium militaire sont toujours quelque part en Iran, sans doute dans des tunnels profondément enterrés — et sans doute bouchés aujourd’hui. Non seulement le régime iranien n’a pas renoncé à la bombe, mais il laisse entendre que l’Iran se prépare à se retirer du traité de non-prolifération. Si tel est le cas, il faut s’attendre à ce que d’autres puissances de la région (Émirats, Arabie, Turquie, Égypte) fassent tout pour se doter également de l’arme nucléaire.

Le second dommage collatéral n’est autre que la destruction du système de sécurité dans la région. Depuis 1945, le deal conclu entre les monarchies pétrolières et les États-Unis était tout simple : pétrole contre sécurité, une sécurité garantie par la 5e Flotte basée à Bahrain, et par un réseau de bases militaires dans différents pays de la région — Qatar et Arabie saoudite, notamment. Or voici un mois que les riches monarchies du Golfe subissent quotidiennement des centaines de frappes de missiles, mettant ainsi cruellement en évidence l’extraordinaire fragilité de ces pays : des mirages de modernité et de luxe, posés sur du sable mouvant. Pour ne rien arranger, les bases américaines elles-mêmes, mais aussi celles de la France ou de l’Italie, ont été attaquées par l’Iran ou par ses alliés en Irak. Comment reconstruire la confiance entre les États-Unis et ses ex-protégés arabes lorsque, à l’instar du prince héritier d’Arabie saoudite, les dirigeants arabes sont priés « d’embrasser les fesses de Donald Trump » ?

Troisième dommage — et de taille : l’avenir de l’OTAN. Si Trump n’a jamais beaucoup aimé l’OTAN et considère depuis fort longtemps que les Européens ont « escroqué le contribuable américain » en bénéficiant d’une sécurité gratuite, cette fois la rupture semble définitivement consommée. Trump ne pardonne pas aux dirigeants européens, unanimes, d’avoir proclamé haut et fort que « cette guerre n’était pas celle de l’Europe » et qu’ils n’ont « aucune intention de se laisser entraîner dans une guerre choisie par les États-Unis sans consultation de quiconque parmi les alliés ». Non seulement Trump laisse entendre qu’il envisage de couper l’aide militaire à l’Ukraine (pourtant payée par les Européens), mais il envisage même de quitter purement et simplement l’Alliance atlantique, ce qui mettrait totalement par terre le système de sécurité en Europe… au grand bénéfice de la Russie, déjà gagnante grâce à la guerre d’Iran puisqu’elle vend aujourd’hui son pétrole au prix fort. « Essayez de trouver un peu de courage et allez chercher votre pétrole vous-mêmes », intime Donald Trump à ses collègues européens, dont il se moque ouvertement — Emmanuel Macron faisant ici office de premier souffre-douleur.

Ce qui nous conduit au quatrième et dernier dommage collatéral : le détroit d’Ormuz. Son blocus confère à l’Iran un pouvoir extraordinaire, équivalent d’une deuxième bombe atomique, à savoir la prise en otage de la totalité de l’économie mondiale. Ebrahim Azizi, président de la Commission de sécurité nationale du Parlement iranien, a d’ores et déjà averti : « Le détroit d’Ormuz va certainement rouvrir, mais pas pour vous ; il rouvrira pour ceux qui se soumettront à la loi iranienne et qui paieront un droit de péage. »

D’ores et déjà, la fermeture du détroit au cours du 2e trimestre 2026 entraînera, selon l’OCDE, une baisse de 0,5 % du PNB mondial, de 0,75 % en Europe et de 0,95 % en Asie-Pacifique — la région la plus dépendante des hydrocarbures du Golfe.

Au total, si la guerre d’Iran devait se terminer par le maintien d’un régime revanchard et nucléaire à Téhéran, contrôlant la jugulaire de l’économie mondiale, avec, de surcroît, la rupture du pacte de sécurité dans la région et l’implosion de l’Alliance atlantique, alors les conséquences de cette guerre seraient gravissimes et potentiellement historiques.

Pierre Lellouche
3 avril 2026

 

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M
Excellente conclusion.<br /> « En suivant le chemin qui s’appelle plus tard, nous arrivons sur la place qui s’appelle jamais ».<br /> Il faut en finir avec la menace iranienne une bonne fois pour toutes.<br /> Nous sommes à la croisée des chemins.<br /> Soit un ordre nouveau au Proche et Moyen Orient est établi avec cette guerre, et un monde meilleur aura été créé, où alors la situation va encore s’aggraver considérablement.<br /> Et, oui, l’intervention américano-israélienne impose un choix lourd de conséquences.<br /> Mais sans cette intervention, nous serions allés dans la direction du scénario apocalyptique de toute façon, d’où la décision prise d’intervenir…<br /> L’Iran allait se doter de la bombe, avançait sur son programme balistique, voulait anéantir Israël, trempait dans tout un tas de trafics, se servait du terrorisme pour faire du chantage et nous aurait fait davantage de chantages de toute manière…aurait, à terme fermé le détroit d’Ormuz peut-être aussi…a démontré son manque de respect à l’encontre de ses voisins, sa population appauvrie étant de plus en plus opprimée…<br /> Une intervention était malgré tout nécessaire.<br /> Maintenant reste à savoir si le résultat escompté peut être obtenu par la négociation où si la poursuite de la guerre s’impose.<br /> Rares sont les guerres qui peuvent être gagnées en moins d’une semaine, et effectivement, Rome ne s’est pas faite en un jour.<br /> Néanmoins, il ne faudrait pas tomber dans le piège de la procrastination diplomatique et le double-langage habilement pratiqués depuis 47 ans par le régime corrompu et tyrannique des mollahs.<br /> L’attitude européenne dans ce conflit est effectivement fort regrettable…<br /> <br /> Marion Winter, le 22/04/2026
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