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Venezuela – Iran – Hezbollah : L’autre axe du Mal

Venezuela – Iran – Hezbollah : L’autre axe du Mal

Le régime « zombie » de Téhéran se nourrit du sang de son propre peuple, pris en otage depuis 47 ans. Acculé par une immense révolte populaire, qui fait suite à au moins cinq éruptions de la rue ces dernières années, il tue désormais massivement pour tenter de survivre et ne succombera que s’il est lui-même éliminé.

Les enjeux sont immenses et vont bien au-delà de l’Iran lui-même.

Au fil des quatre dernières décennies, le régime des mollahs s’était imposé comme le fer de lance de la nouvelle conquête islamique mondiale. En commençant par l’encerclement d’Israël par le fameux « axe de la Résistance », construit à grands frais par les Gardiens de la révolution, englobant l’Irak, la Syrie, le Liban et le Yémen.

Mais le 7 octobre, déclenché par le Hamas, allié de l’Iran et armé par lui, s’est retourné contre son géniteur. Non seulement le Hamas et Gaza ont été réduits à l’état de ruines par l’impitoyable riposte israélienne, mais la Syrie de Bachar est tombée, entraînant la destruction par Israël d’une grande partie des installations, de l’état-major et des combattants du Hezbollah au Liban. Plus grave encore, la tête de la pieuvre a été frappée lors de la guerre des Douze Jours, avec la destruction par Israël, là encore, mais aussi par les États-Unis, d’une partie importante du potentiel militaire et nucléaire du pays.

L’enlèvement spectaculaire, par les forces spéciales américaines, du dictateur vénézuélien Nicolás Maduro, le 3 janvier dernier, vient d’ouvrir une nouvelle brèche dans un autre réseau, moins connu, mais également essentiel pour Téhéran : le réseau sud-américain mêlant le Venezuela, l’Iran et le Hezbollah.

Mis en lumière par le projet « Cassandra », conduit par l’Agence antidrogue américaine (DEA) à partir de 2008, le triangle Caracas–Téhéran–Beyrouth semble avoir été mis en place l’année précédente, en 2007, lors du voyage à Damas de Maduro. Ce dernier, qui était alors ministre des Affaires étrangères de Chávez, rencontra secrètement, dans un hôtel, l’un des chefs de l’unité 910 du Hezbollah, chargée des opérations extérieures. Progressivement, on vit apparaître toute une série d’activités du Hezbollah à Caracas : trafic de drogue, d’armes, blanchiment d’argent, passeports, renseignement, le tout s’appuyant sur une importante diaspora libano-syrienne arrivée à partir de 1975, et protégé par une couverture diplomatique accordée au plus haut niveau : Chávez d’abord, puis plus encore sous Maduro.

À partir de 2010, des cargaisons de cocaïne, mais également des armes, étaient transportées par la compagnie aérienne nationale Conviasa vers Damas et Téhéran. Plusieurs milliers de passeports, de visas, d’identifiants internet étaient distribués à des ressortissants du Moyen-Orient, sous la houlette d’un très proche de Maduro, Tarek El-Aissami. Ce dernier, ministre du Pétrole, puis vice-président de Maduro, a été placé sous sanctions aux États-Unis. Des combattants du Hezbollah, en treillis et équipés d’armes longues, ont pu s’entraîner dans l’île de Margarita, une zone franche qui sert également de plateforme financière pour le Hezbollah.

Selon une étude détaillée de l’Atlantic Council publiée en 2020, c’est le même El-Aissami qui a mis en place l’assistance d’experts iraniens à l’entretien des installations pétrolières vénézuéliennes, très dégradées depuis Chávez en raison de ses nationalisations — expulsions des majors américaines (hors Chevron, toujours présente sur place). Un système de troc « or contre essence et condensats » livrés par Téhéran a été mis en place, l’or (on parle d’au moins neuf tonnes) étant transporté par Mahan Air, une des multiples sociétés contrôlées par les Gardiens de la révolution. Un supermarché dénommé « Megasis », appartenant aussi aux Gardiens, a même été inauguré à Caracas (!). Ceci sans parler des drones Mohajer-6 livrés par Téhéran, de la coopération pour contourner les sanctions sur le pétrole des deux pays et du trafic de crypto en décembre 2025, révélé par le Financial Times.

Si ces éléments seront sans doute explorés lors du procès Maduro à New York, il est cependant prématuré de dresser le constat de décès de ce réseau. Force est de constater que le triangle est toujours en place à ce jour : l’appareil chaviste règne toujours à Caracas ; au Liban, le Hezbollah n’a toujours pas désarmé. Au final, tout dépendra de Téhéran, où les bouchers sont au travail…

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