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KO ou chaos : la guerre contre la République islamique d’Iran

KO ou chaos : la guerre contre la République islamique d’Iran

Les citoyens des démocraties occidentales, aux États-Unis mais surtout en Europe, n’aiment pas la guerre ; et, quand il y a guerre, ils entendent qu’elle soit la plus courte possible, avec le moins de morts possible… et avec le moins possible d’impact sur leur plein d’essence. Les marchés financiers sont du même avis, avec, de surcroît, la nervosité qui les caractérise, surtout quand la guerre touche au pétrole, au gaz, donc à la marche économique du monde.

Le temps est donc le facteur clé de cette guerre. Combien de temps avant que la pression des marchés ou de l’opinion publique amènent Trump à déclarer victoire et à cesser le combat ? Combien de temps avant que l’Iran perde l’essentiel de ses missiles ? Combien de temps avant que les réserves de missiles antimissiles israéliens et américains soient épuisées ? Combien de temps avant que la République islamique soit à ce point ébranlée et affaiblie qu’elle cherche à négocier, ou que son renversement par le peuple iranien devienne possible ?

Au bout des dix premiers jours de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre la République islamique d’Iran, l’impatience, voire l’anxiété, sont déjà perceptibles.

Ceux qui espéraient que cette guerre se termine par un KO, dès le premier round, après l’élimination spectaculaire, au premier jour du conflit, du « Guide », l’ayatollah Ali Khamenei, voient leurs espoirs, déçus, vite remplacés par une sourde inquiétude : celle d’un chaos généralisé. Car le régime iranien tient toujours, même s’il est militairement très affaibli. Il continue de terroriser sa population par ses milices sanguinaires, toujours intactes dans tout le pays. Malgré les milliers de bombes et autres missiles largués sur son territoire, malgré les éliminations de nombre de ses dirigeants, civils, militaires ou religieux, la République islamique continue de fonctionner, comme en témoigne « l’élection » d’un nouveau guide — le fils du précédent. Et surtout, elle signale à la face du monde qu’elle se battra jusqu’au bout, avec ses armes à elle, au service d’une stratégie délibérée d’escalade horizontale : mettre le feu à tout le Moyen-Orient, en ciblant jusqu’aux stations de dessalination, aux aéroports, aux data centers d’Amazon… Conçue pour faire mal à ses voisins arabes, à Israël comme aux bases américaines dans la région, cette stratégie vise surtout à prendre en otage l’économie mondiale en frappant directement les sites de production des hydrocarbures dans toute la région et, en fermant le détroit d’Ormuz, à stopper ainsi littéralement la livraison de gaz et le pétrole essentiels pour de très nombreux pays, notamment en Asie.

Les résultats n’ont pas tardé à se faire sentir.

Aux États-Unis, Trump est attaqué de tous côtés pour n’avoir consulté personne, surtout pas le Congrès, avant de s’embarquer dans une nouvelle guerre potentiellement « sans fin », à la légitimité juridique douteuse et sans but de guerre précis : en un mot, le contraire même de ce qu’il avait proclamé pendant sa campagne électorale. À Washington, chacun a les yeux rivés sur le prix du gallon d’essence et sa limite symbolique de 4 dollars, qu’il serait périlleux de franchir (3,5 aujourd’hui). On comprend mieux que Trump, ce mardi, ait proclamé que la guerre était « quasiment terminée », ce qui a immédiatement fait chuter les cours du pétrole…

Quant à l’Europe, elle est divisée et refuse l’obstacle, comme d’habitude. Elle se contente, comme le dit avec une franchise qui l’honore le chancelier Merz, de « laisser les Américains et les Israéliens faire le sale boulot », tout en donnant des leçons de droit international… Cela, quand elle n’appelle pas rituellement au cessez-le-feu, à l’instar de l’Estonienne Kallas, la vice-présidente de la Commission chargée de la prétendue « politique étrangère de l’Union ». Tout au plus l’Angleterre, la France et la Grèce viendront symboliquement au secours de Chypre, un pays membre de l’Union européenne, qui, pour la première fois dans l’histoire, a été attaqué sur son flanc sud par des missiles tirés depuis le Liban par l’Iran via le Hezbollah. Plus ambitieux, Emmanuel Macron, à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle, annonce, quant à lui, qu’il prépare une mission de sécurisation des détroits de Bab el-Mandeb et d’Ormuz, mais dans un cadre, insiste-t-il, « strictement défensif ». « La France est une puissance d’équilibre. Elle ne participe pas à cette guerre »…

L’enjeu de cette guerre est pourtant existentiel. Depuis quarante-sept années, le peuple iranien a été pris en otage et, avec lui, la totalité du Moyen-Orient, par un commando théocratique importé directement de la région parisienne au début de 1979. Après avoir liquidé, au moyen d’une violence inouïe, toute velléité d’opposition en Iran, ces fanatiques ont littéralement empoisonné le monde arabe, pourtant sunnite, en diffusant en continu l’idéologie frériste afin d’imposer la victoire finale de l’islamisme. La tête de la pieuvre, à Téhéran, s’est imposée progressivement comme le premier combattant contre Israël, « le petit Satan », condamné à la destruction totale. Pour ce faire, le régime des mollahs a cherché à étouffer littéralement l’État juif au moyen de tentacules en Syrie, au Liban, en Irak, au Yémen, à Gaza : autant de filiales du régime islamique, abondamment financées et armées de milliers de missiles et de drones fabriqués en Iran.

Mais ce n’est pas tout. La République islamique n’a pas hésité à s’en prendre directement aux Occidentaux, et notamment à la France, depuis le début des années 1980, pour lui faire payer à la fois sa « dette Eurodif » et son aide militaire accordée au régime de Saddam Hussein, pendant l’effroyable guerre Iran-Irak (1980-1988). De l’attentat du Drakkar à celui de la rue de Rennes, l’Iran a tué une centaine de Français et blessé plusieurs centaines d’autres, ceci sans compter au moins une douzaine d’otages français, dont deux sont toujours retenus à Téhéran aujourd’hui. Le terrorisme, par « proxys » interposés, ainsi que la prise d’otages sont les instruments routiniers de la politique extérieure du régime islamique.

Consolidé par la guerre contre l’Irak (un million de morts), celui-ci contrôle une bonne partie de l’économie locale, et, bien sûr, tous les instruments de la puissance militaire et de la répression intérieure. Dans ces conditions, l’enjeu de la disparition de ce régime totalitaire n’est pas seulement existentiel pour Israël : il l’est pour tout le monde occidental, et pour l’Europe en particulier, laquelle est directement concernée par la très importante immigration musulmane arrivée depuis la fin des années 1970, une population susceptible d’être littéralement contaminée par la lecture terroriste de l’islam qui est celle du régime de Téhéran.

Dans ces conditions, le seul objectif de guerre qui vaille et qui justifierait l’effort entrepris aujourd’hui par les États-Unis et Israël ne saurait être que l’éradication de ce régime et son remplacement par un gouvernement issu d’un peuple très jeune, qui n’aspire qu’à vivre en liberté et à s’intégrer dans l’économie mondiale. En détruisant systématiquement les programmes nucléaire et balistique de l’Iran, ainsi que ses milices à l’étranger, la guerre vise à briser le cadenas de la prison du peuple iranien afin de lui permettre de pousser toute grande la porte qui l’enferme. Mais, pour parvenir à cet objectif dans un pays de 90 millions d’habitants, trois fois plus étendu que la France, une semaine de bombardements aériens ne suffira évidemment pas. Il faudra faire preuve de patience stratégique.

Or là réside la plus grande incertitude : comment gérer le temps ? Combien de temps pour Trump, à l’approche de la célébration du 250e anniversaire de la République américaine, le 4 juillet, et surtout des élections à mi-mandat de novembre ? Il est extrêmement douteux que la République islamique se prête à un « scénario vénézuélien », où le chef de la République islamique serait désigné par le président des États-Unis, comme ce dernier l’a laissé entendre. Il est extrêmement douteux, également, que, s’il parvenait à maintenir sa structure étatique, le régime de Téhéran accepte de capituler sur l’ensemble des points en négociation depuis vingt ans et qui n’ont jamais été acceptés jusqu’à ce jour, à savoir l’arrêt total du programme nucléaire et du programme balistique, ainsi que de ses velléités de déstabilisation de la région via ses milices islamiques.

La seule option raisonnable pour la paix et la stabilité du monde consiste donc à en finir avec ce régime et à libérer son peuple. À l’inverse, une guerre menée à moitié ou interrompue ne pourrait qu’entraîner un immense chaos. Car les fanatiques qui tiennent le pays n’auront qu’une idée en tête : se venger de l’attaque américano-israélienne. Ceux-là reprendront et accéléreront, à coup sûr, leur programme nucléaire et balistique ; et ils chercheront, par tous les moyens, à déstabiliser les puissances de la région qu’ils viennent d’attaquer, et plus encore les États européens ou les États-Unis, via le terrorisme.

Une demi-guerre conduira donc directement au chaos, non seulement dans toute la région, mais aussi, probablement, dans le monde occidental si, par malheur, la République islamique devait survivre à l’épreuve de force engagée il y a dix jours.
Il est donc parfaitement regrettable de voir le président de la République française insister sur la neutralité de la France, alors même que nous avons été attaqués, tout comme nos alliés locaux que nous nous sommes engagés à protéger. Regrettable aussi de le voir téléphoner au président iranien, pour essayer de le convaincre d’arrêter de tirer sur ses voisins arabes et, si possible, de nous rendre les deux otages qui sont encore maintenus en Iran. Encore plus regrettable de constater que, dans le communiqué publié par l’Élysée au lendemain de cet appel téléphonique, le sort du peuple iranien martyrisé n’ait même pas été évoqué…

Au final, chacun comprendra que l’option du statu quo soit infiniment plus périlleuse pour les Européens. Malheureusement, c’est bien vers cette option, celle du chaos, et non du KO, que nos dirigeants pourraient, par facilité, nous conduire…

 

Pierre Lellouche
9 mars 2026

 

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M
Vous avez entièrement raison. Ce coup-ci, il faut absolument finir le boulot…et rappelons-nous d’un fait historique.<br /> Croire que l’Histoire se répète peut être une affaire hasardeuse car on peut vite tomber dans le piège d’analogies fallacieuses. Dans le contexte actuel, il convient de constater, par exemple, que l’Iran n’est pas le Venezuela, que l’Iran n’est pas non plus l’Irak ou l’Afghanistan…<br /> Chaque situation, chaque cas, et les circonstances qui l’entourent, sont différentes.<br /> Mais, il est absolument nécessaire d’étudier l’Histoire afin de pouvoir en tirer de précieux enseignements.<br /> Là, par exemple, il est utile d’examiner l’Offensive du Têt.<br /> Il s’agit d’une attaque surprise, simultanée et très massive contre plus de 100 villes dans le Sud Vietnam (avec son lot d’assassinats d’opposants au Viêt Công connus et d’autres civils innocents sud-vietnamiens) par les forces communistes combinées de l’Armée populaire nord-vietnamienne et le Viêt Công pendant la Guerre du Vietnam.<br /> Traditionnellement, pour Têt, la Fête du Nouvel An lunaire, les armes se taisaient pour que les gens puissent se déplacer dans leurs familles pour cette fête qui est encore très importante dans le pays de nos jours…<br /> Et les communistes avaient annoncé respecter cette trêve coutumière.<br /> Les troupes sud-vietnamiennes avaient donc été démobilisées pour Têt, mais, malgré cela, l’attaque survint la nuit du 30 au 31 janvier 1968 de façon inattendue pendant les célébrations du Têt.<br /> Les combats qui s’en suivirent furent acharnés, sanglants et durèrent plus de deux mois.<br /> Mais, cette campagne militaire s’est soldée par un échec cuisant pour les forces combinées communistes.<br /> Aucune des villes attaquées tomba aux mains des troupes communistes.<br /> Les Sud-vietnamiens ne s’étaient pas levés en soutien du Viêt Công, qui avait compté sur une telle insurrection du peuple. Non, les Sud-vietnamiens ne se révoltèrent pas au profit du Viêt Công parce qu’ils ne voulaient pas que les communistes leur volent leur liberté. En général, les peuples aspirent à la liberté. (Et tout porte à croire que le peuple iranien saura se lever contre la tyrannie des mollahs le moment venu…)<br /> A la fin de cette campagne militaire 48 000 combattants du Viêt Công étaient morts, l’affaiblissant considérablement, en dehors des villes notamment.<br /> C’était la bataille la plus importante de la Guerre du Vietnam. Les Sud-vietnamiens, largement soutenus par l’Armée américaine -plus de 500 000 soldats américains se trouvaient alors sur le sol vietnamien en 1968 – l’emportèrent haut la main.<br /> Et pourtant, l’Offensive du Têt marqua un tournant décisif dans la Guerre du Vietnam.<br /> Les communistes remportèrent notamment la bataille psychologique et idéologique…<br /> La propagande joua un rôle très important.<br /> Aux Etats-Unis, l’opinion publique avait déjà été travaillée, et le sentiment anti-guerre s’y était installé auparavant.<br /> Toute l’intelligentsia occidentale de gauche s’était mobilisée contre la guerre, et les médias occidentaux la couvraient massivement.<br /> Au vu de l’ampleur de l’attaque du Têt, du nombre de morts, des précédents bombardements au Nord-Vietnam, le monde occidental en général, et les Américains en particulier, étaient sous le choc.<br /> Ils ne voulaient plus croire que la guerre était gagnable, et encore moins qu’elle était gagnable rapidement.<br /> Et quand, le Général Westmoreland, en charge du Vietnam, demanda 200 000 hommes supplémentaires pour finir le boulot, l’opinion publique fut convaincue que les communistes étaient sortis vainqueurs de l’Offensive du Têt…alors que, au contraire, l’échec militaire des communistes avait été vraiment…total.<br /> Westmoreland n’a donc pas eu ses troupes. <br /> Les Américains ne finirent jamais le sale boulot…<br /> Au contraire, on opta pour des négociations.<br /> On ouvrit la porte à la Chine de Mao.<br /> Le retrait des troupes américaines était entamé.<br /> Les bombardements américains cessèrent.<br /> En 1973, les Accords de paix de Paris furent signés. Le désengagement des Etats-Unis était acté.<br /> L’intelligentsia occidentale de gauche – aveugle, mal-informée, naïve et parfois de mauvaise foi aussi, ou même à la solde de Moscou ou Pékin, pour certains - était contente.<br /> Deux ans plus tard, les Nord-vietnamiens communistes lancèrent une nouvelle offensive contre le Sud-Vietnam.<br /> Les troupes américaines n’étaient plus là pour venir en aide à l’Armée sud-vietnamienne. Les Nord-vietnamiens avaient, par contre toujours un large soutien matériel de l’URSS et de la Chine…<br /> Cette fois-ci, c’était donc la victoire des communistes.<br /> Elle se concrétisa, en avril 1975, par la chute de Saigon, la capitale, renommée Ho Chi Minh-Ville en 1976…<br /> Les images sont restées dans la mémoire collective :<br /> Le 30 avril 1975, à 7h54 le dernier hélicoptère, surchargé, américain décolle du toit de l’Ambassade des Etats-Unis. Une foule se masse dans les jardins de l’Ambassade. Tout le monde veut partir.<br /> Plus de 300 000 personnes paniquées fuient le pays à bord de navires américains qui croisent au large. Plus d’un millions de personnes quittent le pays sur des embarcations de fortune dans la foulée…les « boat people »… Deux autres millions de personnes auront fui le régime communiste dans les deux décennies suivantes.<br /> Le Laos voisin aussi tombe aux mains des communistes.<br /> Les Khmer rouges, soutenus notamment par la Chine, prirent le pouvoir à Phnom Penh le 17 avril 1975.<br /> Ces communistes-là tuèrent un tiers de la population cambodgienne, voire plus…<br /> Le Cambodge est devenu un gigantesque cimetière.<br /> Les corps de pauvres innocents sont ensevelis partout dans le pays.<br /> Les Khmer rouges dans leur folie meurtrière ont laissé un Cambodge meurtri à tout jamais derrière eux.<br /> <br /> A l’époque, le communisme n’a pas pu être endigué.<br /> La théorie des dominos s’était donc mise en branle…<br /> Ce que l’on avait cherché à éviter, s’est produit car on n’était pas allé au bout de cette guerre.<br /> Il fallait finir le sale boulot où alors il ne fallait même pas s’engager. Pas de cette façon-là, en tout cas.<br /> <br /> Aujourd’hui, en Iran un processus est engagé.<br /> Une guerre informationnelle est déjà menée et la propagande reste une arme très puissante.<br /> Il ne faut pas s’arrêter au milieu du gué. Ça pourrait être pire que tout…<br /> Le régime des mollahs ne deviendra pas gentil.<br /> Il faut contrevenir aux menaces qui découlent de ce régime totalitaire et de ces tentacules, et qui est en plus, désormais habité par un esprit de vengeance…<br /> <br /> Marion Winter, le 16/03/2026
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P
Merci chère madame Winter, vous étiez dans mes pensées, j'attendais votre précieuse contribution, dont tous les lecteurs vous remercient.